Quels risques pèsent sur les entreprises en 2026 ?
Quels risques pèsent sur les entreprises en 2026 ? La quinzième édition du Baromètre des risques Allianz, publiée le 14 janvier 2026 par Allianz Commercial, dresse une cartographie particulièrement instructive. Fondée sur les réponses de 3 338 experts en gestion des risques (dirigeants, risk managers, courtiers et spécialistes de l’assurance) répartis dans 97 pays et territoires, l’enquête confirme la domination persistante de la menace cyber, tout en révélant une recomposition profonde des préoccupations des entreprises. Deux mouvements marquent cette édition : la percée spectaculaire de l’intelligence artificielle, qui s’impose comme la deuxième source d’inquiétude au niveau mondial, et la montée des risques politiques à un niveau jamais observé depuis la création de l’étude.
Le contexte de cette édition n’a rien d’anecdotique. L’année écoulée a été marquée par un virage protectionniste de la politique commerciale, par la poursuite de la guerre en Ukraine, par les conflits régionaux au Moyen-Orient et par une multiplication des tensions frontalières. Cet environnement instable pèse directement sur la perception du risque par les entreprises et redéfinit les priorités des assureurs comme des assurés.
Le cyber, toujours en tête des risques d’entreprise
Pour la cinquième année consécutive, les incidents cyber occupent la première place du classement mondial des risques d’entreprise. Avec 42 % des réponses, ce risque atteint son plus haut niveau historique depuis la création du baromètre, et il creuse un écart inédit de dix points avec la menace classée juste derrière. Sous cette catégorie, Allianz regroupe les cybercrimes, les interruptions de service et de réseau informatique, les attaques par rançongiciel, les violations de données ainsi que les amendes et sanctions associées.
Cette permanence au sommet traduit une dépendance toujours plus forte des organisations à l’égard du numérique, alors même que le paysage des menaces évolue à grande vitesse. Les experts soulignent un point de fragilité majeur : la concentration de l’infrastructure cloud. Trois acteurs seulement, Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, contrôlent plus de 60 % du marché mondial, ce qui transforme la moindre défaillance d’un prestataire tiers en risque systémique capable de paralyser des chaînes de valeur entières. Les grandes entreprises voient toutefois leurs investissements de sécurité et de résilience porter leurs fruits, avec une capacité accrue à détecter et à contenir les attaques de manière précoce. Les incidents récents et très médiatisés rappellent néanmoins que la menace concerne les organisations de toutes tailles.
L’intelligence artificielle, la grande percée de 2026
La véritable nouveauté de cette édition tient à l’ascension fulgurante de l’intelligence artificielle. Avec 32 % des réponses, l’IA bondit de la dixième à la deuxième place du classement mondial, enregistrant de très loin la plus forte progression de l’année. Ce saut illustre un basculement de perception : longtemps envisagée comme un simple levier d’innovation et de productivité, l’IA est désormais identifiée comme une source de risque à part entière par les gestionnaires de risques.
L’analyse reste cependant équilibrée. Près de la moitié des répondants estiment que l’intelligence artificielle apporte davantage de bénéfices que de dangers à leur activité, tandis qu’un cinquième pense l’inverse et que le reste demeure dans l’expectative. Les craintes se concentrent sur plusieurs fronts. Sur le plan opérationnel, les entreprises redoutent les défaillances de fiabilité des systèmes, l’insuffisance de la qualité des données, les difficultés d’intégration et la pénurie de compétences spécialisées. Sur le plan juridique, de nouvelles expositions émergent autour de la décision automatisée, des modèles biaisés ou discriminatoires, de l’usage abusif de la propriété intellectuelle et de l’incertitude quant à la responsabilité lorsqu’une production générée par une IA cause un préjudice. La déstabilisation par la désinformation et la mésinformation complète ce tableau. Enfin, certains observateurs s’inquiètent de la formation d’une possible bulle financière autour de l’IA. Le caractère étroitement lié des risques cyber et IA, désormais classés tous deux parmi les cinq premières menaces dans chaque région et presque tous les secteurs analysés, confirme l’imbrication croissante des risques technologiques.
Quand l’interruption d’activité quitte le duo de tête
Fait inédit, l’interruption d’activité, qui inclut les perturbations de la chaîne logistique, sort pour la première fois des deux premières places. Elle recule à la troisième position mondiale avec 29 % des réponses, alors qu’elle figurait au premier ou au deuxième rang dans chaque édition depuis quinze ans. Ce recul ne traduit pas une moindre vulnérabilité, mais plutôt la montée des menaces cyber et IA, dont l’interruption d’activité est souvent la conséquence directe, au même titre qu’une catastrophe naturelle ou une crise géopolitique.
Le diagnostic des entreprises sur leur propre solidité reste préoccupant. Seuls 3 % des répondants jugent leurs chaînes d’approvisionnement « très résilientes », un chiffre qui souligne l’ampleur du travail de sécurisation encore à accomplir. En Europe, la sensibilité demeure plus vive qu’ailleurs, l’interruption d’activité s’y classant au deuxième rang régional, signe que les tensions logistiques restent un sujet de premier plan sur le continent.
Des risques politiques à un niveau record
Dans un contexte géopolitique dégradé, les risques politiques et la violence atteignent leur plus haut niveau jamais enregistré dans le baromètre. Ils progressent de la neuvième à la septième place mondiale, avec 15 % des réponses. Cette poussée s’explique par l’accumulation des facteurs d’instabilité : recompositions d’alliances, réalignements économiques, guerre en Ukraine, guerres commerciales, montée de la xénophobie et des mouvements anti-immigration en Europe, défiance envers les gouvernements et aggravation des difficultés économiques mondiales.
Au sein de cette catégorie, le rapport observe un basculement notable : le conflit armé devient la première crainte exprimée, citée par 53 % des répondants contre 48 % un an plus tôt, devançant désormais les troubles à l’ordre public. Les lectures régionales sont plus élevées encore, près de 60 % des répondants en Europe et en Asie Pacifique plaçant la guerre au sommet de leurs préoccupations. Les troubles civils suivent à 49 %, tandis que le terrorisme et le sabotage se situent à 46 %. Allianz Research a par ailleurs recensé environ 250 grèves, émeutes et mouvements populaires de grande ampleur au cours des cinq dernières années, des phénomènes qui n’épargnent plus les pays à revenu élevé tels que la France, l’Allemagne ou les États-Unis.
La progression des opérations dites de « zone grise » constitue l’un des enseignements les plus frappants. Sabotages, cyberattaques, campagnes de désinformation et atteintes aux infrastructures essentielles brouillent la frontière entre la paix et la guerre. L’Europe aurait ainsi enregistré 145 actes de sabotage entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la fin de l’année 2025, pour la plupart attribués à des acteurs soutenus par l’État russe et visant à fragiliser les gouvernements et les populations locales. Si ces actes ont causé peu de dommages matériels directs, ils mobilisent des ressources de sécurité considérables : la Pologne a par exemple déployé 10 000 militaires pour protéger ses infrastructures stratégiques, et l’OTAN comme ses partenaires européens ont renforcé la surveillance des actifs énergétiques et des câbles de télécommunication sous-marins.
Le scénario du cygne noir géopolitique
Au-delà du classement annuel, le baromètre interroge les entreprises sur le scénario extrême le plus redouté pour les cinq prochaines années. La réponse est sans appel : 51 % des répondants considèrent qu’une paralysie des chaînes d’approvisionnement mondiales provoquée par un conflit géopolitique constitue le « cygne noir » le plus probable. Cette inquiétude se nourrit d’une réalité déjà tangible, puisque les restrictions commerciales ont triplé au cours de l’année écoulée, affectant près d’un cinquième des importations mondiales.
Ce climat explique aussi le maintien des évolutions législatives et réglementaires à la quatrième place mondiale, avec 26 % des réponses. La catégorie englobe les nouvelles directives, les exigences en matière de durabilité et de responsabilité sociale, mais aussi la montée du protectionnisme et des barrières tarifaires. Pour se prémunir, les entreprises ont d’ores et déjà engagé des stratégies de relocalisation vers des pays partenaires et de régionalisation de leurs approvisionnements, afin de réduire leur exposition aux chocs externes et de gagner en autonomie.
Les catastrophes naturelles et le changement climatique complètent le tableau mondial, respectivement aux cinquième et sixième rangs. Le recul relatif des catastrophes naturelles tient notamment à une saison cyclonique 2025 moins dévastatrice que les précédentes, sans pour autant remettre en cause la tendance de fond d’une exposition climatique croissante.
Des priorités qui varient selon les secteurs
Le classement général masque des disparités sectorielles significatives, que les professionnels de l’assurance ont tout intérêt à connaître pour calibrer leurs offres. Si le risque cyber domine dans plus de dix secteurs clés, parmi lesquels l’aviation, la technologie et les télécommunications, d’autres activités placent en tête des préoccupations très différentes. Les évolutions législatives et réglementaires arrivent ainsi au premier rang dans le transport maritime et l’industrie automobile, deux univers particulièrement exposés au protectionnisme et aux barrières tarifaires. Les catastrophes naturelles constituent quant à elles la principale inquiétude de l’ingénierie, de la construction, de l’immobilier ainsi que des administrations et services publics. À l’échelle mondiale, le risque d’incendie et d’explosion recule à la neuvième place, tandis que les développements macroéconomiques ferment le Top 10 : les entreprises se montrent légèrement plus sereines sur les marchés après une nouvelle année favorable aux actions et aux opérations de fusion-acquisition, même si la crainte d’une bulle de l’intelligence artificielle persiste.
La France, un classement aux accents particuliers
Le classement français présente des spécificités qui méritent l’attention des acteurs de l’assurance et de la bancassurance. Comme au niveau mondial, les incidents cyber y occupent la première place, et ce pour la quatrième année consécutive, avec 40 % des citations. Le reste du palmarès diffère toutefois sensiblement. Les catastrophes naturelles se maintiennent au deuxième rang, en raison de la fréquence croissante des tempêtes, inondations et feux de forêt, malgré un repli de quatre points. Le risque d’incendie et d’explosion ferme le podium hexagonal avec 27 %, en hausse de cinq points.
L’interruption d’activité connaît en France le repli le plus marqué du Top 10 : classée deuxième en 2025 avec 31 % des réponses, elle recule à la quatrième place avec 25 %. Les risques politiques et la violence s’installent au cinquième rang avec 23 %, suivis du changement climatique au sixième. Surtout, deux nouveaux venus font leur entrée dans le classement français : l’intelligence artificielle, qui se hisse à la huitième place, et les développements macroéconomiques à la dixième. Cette photographie nationale confirme la convergence des préoccupations françaises et mondiales sur le risque numérique, tout en révélant une sensibilité particulière aux aléas climatiques et industriels du territoire.
Une cartographie des risques de plus en plus interconnectée
L’édition 2026 du Baromètre des risques Allianz dessine un paysage où les menaces ne se juxtaposent plus mais s’entremêlent. Le risque cyber alimente l’interruption d’activité, l’intelligence artificielle amplifie l’exposition juridique et opérationnelle, les tensions géopolitiques fragilisent des chaînes d’approvisionnement déjà jugées peu résilientes, et la désinformation se nourrit des outils technologiques les plus récents. Cette imbrication appelle une approche globale de la gestion des risques, fondée sur l’anticipation, la diversification des fournisseurs et le renforcement continu de la résilience.
Pour les assureurs, les courtiers et les organismes de bancassurance, ces résultats constituent une feuille de route. Ils confirment la centralité de la couverture cyber, la nécessité d’accompagner les entreprises dans la maîtrise des nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle, et l’importance d’intégrer la dimension géopolitique dans l’analyse des expositions. À l’heure où plus aucun risque ne peut s’apprécier isolément, la valeur ajoutée du conseil en assurance se mesurera à sa capacité à relier ces menaces entre elles et à proposer des solutions véritablement adaptées à un environnement durablement incertain.
Sources
Baromètre des risques Allianz 2026 : le cyber et l’IA en tête des préoccupations (Allianz Commercial) – Janvier 2026
https://commercial.allianz.com/news-and-insights/news/allianz-risk-barometer-2026.html
Allianz Risk Barometer 2026 : risques politiques et violence (Allianz Commercial) – Janvier 2026
Baromètre Allianz 2026 : les principaux risques pour les entreprises en France et dans le monde (Planète CSCA) – Janvier 2026
2026 sous le signe des risques politiques (L’Assurance en Mouvement) – Mai 2026
https://www.lassuranceenmouvement.com/2026/05/25/2026-sous-le-signe-des-risques-politiques/
Baromètre des risques Allianz 2026 : l’intelligence artificielle affole les entreprises (Le Moci) – Février 2026
Baromètre des risques Allianz 2026 : cyber, incendie et IA en France (Face au Risque) – Janvier 2026



