PER : pourquoi l’épargne retraite franchit 150 milliards ?

PER

Le PER a officiellement dépassé ce cap symbolique fin 2025, confirmant son installation durable dans le paysage patrimonial français. Selon les données communiquées par le ministère de l’Économie le 17 mai 2026, l’encours total des PER atteignait 150,4 milliards d’euros au 31 décembre 2025, pour près de 12,9 millions de titulaires. En cinq ans d’existence à peine, le produit créé par la loi Pacte de 2019 s’est imposé comme un réflexe patrimonial, au point de devenir un sujet central du conseil en préparation de la retraite.

Ce franchissement n’est pas seulement une performance statistique. Il traduit une mutation profonde du rapport des Français à leur retraite, dans un contexte où le vieillissement démographique, le ralentissement de la croissance et les déficits publics nourrissent l’inquiétude autour du système par répartition. Pour les assureurs, les banquiers et les conseillers, cette montée en puissance ouvre un vaste champ d’accompagnement, en particulier sur les arbitrages de fin de carrière, la fiscalité de sortie et les transferts d’anciens contrats.

Le PER franchit le cap des 150 milliards d’euros

Le PER franchit le cap des 150 milliards d’euros d’encours après une progression remarquable. La hausse atteint environ 20 % sur la seule année 2025, le dispositif partant d’un encours de l’ordre de 125 milliards d’euros un an plus tôt. Sur deux ans, depuis 2024, la croissance approche même les 46 %. Cette dynamique place le PER parmi les produits d’épargne les plus dynamiques du marché, même s’il demeure encore loin derrière l’assurance vie et ses quelque 2 100 milliards d’euros d’encours, ou le Livret A et ses 446 milliards d’euros.

La croissance concerne l’ensemble des compartiments du plan. Les PER individuels concentrent à eux seuls 88,5 milliards d’euros, en hausse de 21 % sur un an, soit près de 60 % de l’encours total. Les PER d’entreprise collectifs, alimentés notamment par l’épargne salariale, atteignent 33,86 milliards d’euros, en progression de 22 %. Enfin, le compartiment obligatoire, lié aux dispositifs mis en place par certains employeurs, totalise 28,04 milliards d’euros, en augmentation de 13 %. Cette répartition illustre la double nature du PER, à la fois outil d’épargne individuelle et dispositif collectif d’entreprise.

Une épargne retraite portée par les versements individuels

La dynamique de l’épargne retraite repose en grande partie sur le compartiment individuel et sur sa version assurantielle. Selon France Assureurs, les PER assurantiels comptabilisaient à fin décembre 2025 quelque 7,9 millions d’assurés, en hausse d’un million sur l’année, pour un encours de 111,9 milliards d’euros. Les entreprises d’assurance représentent environ 75 % de l’encours total du PER, ce qui place le secteur assurantiel au cœur du dispositif. Les versements sur ces contrats assurantiels ont atteint 20,2 milliards d’euros en 2025, en hausse de 16 % par rapport à l’année précédente.

Plusieurs facteurs expliquent ce succès. Le PER répond d’abord à un besoin de compléter une pension publique que beaucoup d’actifs anticipent comme insuffisante. Il offre ensuite un avantage fiscal immédiat, sous forme de report d’imposition, l’épargnant déduisant ses versements volontaires de son revenu imposable avant une taxation au moment du déblocage. Enfin, sa souplesse de sortie, en capital, en rente ou selon une combinaison des deux, le distingue nettement des anciens produits qui privilégiaient la rente viagère. Au-delà de l’épargne des ménages, le dispositif joue un rôle croissant dans le financement de l’économie. Plus de 60 % des actifs logés dans les PER financent directement les entreprises, dont plus de 5 milliards d’euros investis en actifs non cotés.

Capital ou rente : l’arbitrage clé de la fin de carrière

À l’approche de la retraite, le titulaire d’un PER doit trancher une question décisive : récupérer son épargne sous forme de capital, de rente viagère ou d’une combinaison des deux. Le PER individuel autorise une sortie à 100 % en capital, en une seule fois ou de façon fractionnée, une faculté qui constituait une véritable rupture par rapport au plan d’épargne retraite populaire d’avant 2019, lequel limitait fortement la sortie en capital. Seul le compartiment obligatoire impose une liquidation en rente viagère.

Ce choix dépend des besoins concrets de l’épargnant en fin de carrière. La sortie en capital permet de disposer immédiatement de sommes importantes, par exemple pour financer un projet immobilier, une donation ou un complément de revenu ponctuel. La rente viagère, à l’inverse, sécurise un revenu régulier jusqu’au décès, au prix d’une moindre liberté d’usage du capital. Une stratégie fréquemment recommandée consiste à combiner les deux, en retirant une fraction du capital pour un projet déterminé et en convertissant le solde en rente afin de garantir un socle de revenu mensuel. Il convient de noter que le montant minimum d’une rente viagère a été relevé à 110 euros par mois, et que rien n’oblige le titulaire à liquider son plan dès l’âge légal de départ : il peut le conserver, voire continuer à l’alimenter après la retraite.

La fiscalité de sortie, point central du conseil

La fiscalité de sortie constitue sans doute le sujet le plus technique du conseil en épargne retraite, car elle dépend étroitement du choix opéré à l’entrée. Lorsque les versements volontaires ont été déduits du revenu imposable, la sortie en capital entraîne une imposition de la part correspondant aux versements selon le barème progressif de l’impôt sur le revenu, sans abattement, tandis que les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique. À l’inverse, lorsque les versements n’ont pas été déduits à l’entrée, le capital correspondant ressort exonéré d’impôt sur le revenu, seuls les gains restant taxés au prélèvement forfaitaire.

La logique diffère pour la rente viagère. Une rente issue de versements déduits relève du régime des pensions de retraite, donc imposée pour son montant après l’abattement applicable aux pensions. Une rente provenant de versements non déduits bénéficie du régime plus favorable des rentes viagères à titre onéreux, qui n’impose qu’une fraction de la rente déterminée selon l’âge du bénéficiaire au moment de la liquidation. Cette distinction entre versements déduits et non déduits oriente une grande partie des recommandations patrimoniales, car elle conditionne le rendement net du placement. Pour les épargnants ayant déduit leurs versements, le fractionnement de la sortie en capital sur plusieurs exercices fiscaux constitue un levier précieux : il permet de lisser l’imposition et d’éviter un saut brutal de tranche marginale l’année du déblocage.

Transferts et déblocages : les leviers à connaître

Le PER repose aussi sur deux mécanismes que le conseiller doit maîtriser : les transferts et les déblocages anticipés. Depuis octobre 2019, les détenteurs d’anciens contrats d’épargne retraite, qu’il s’agisse d’un plan d’épargne retraite populaire, d’un contrat Madelin ou d’un article 83, peuvent transférer leur épargne vers un PER. Ces transferts demeurent significatifs, France Assureurs ayant recensé sur le seul mois de décembre 2025 quelque 18 600 assurés transférant un montant de 287 millions d’euros vers des PER assurantiels. Une vigilance s’impose toutefois : le transfert d’un produit individuel existant vers un PER ne permet pas de loger les sommes dans le compartiment des versements non déduits, ce qui détermine la fiscalité applicable lors de la sortie.

Le déblocage anticipé constitue le second levier. La réglementation prévoit six situations limitatives permettant de récupérer l’épargne avant la retraite. Cinq d’entre elles correspondent à des accidents de la vie, dont l’invalidité, le décès du conjoint, le surendettement, l’expiration des droits au chômage ou la cessation d’une activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire. Dans ces cas, le retrait est exonéré d’impôt sur le revenu, mais les plus-values restent soumises aux prélèvements sociaux. La sixième situation, l’acquisition de la résidence principale, suit la fiscalité d’une sortie en capital classique, avec le risque d’ajouter une somme importante aux revenus de l’année et de faire basculer le foyer dans une tranche supérieure. La question de la transmission complète enfin le tableau : le PER assurantiel offre un cadre successoral proche de celui de l’assurance vie, alors que le PER bancaire relève des droits de succession de droit commun.

Le budget 2026 resserre certains avantages

L’année 2026 introduit plusieurs ajustements qui modifient l’équation patrimoniale du PER. Le budget supprime la déduction fiscale des versements effectués après 70 ans, ce qui réduit l’intérêt du produit pour les épargnants les plus âgés cherchant à optimiser leur transmission. Le plafond de report des versements volontaires déductibles, lui, passe de trois à cinq ans, offrant davantage de souplesse pour mobiliser une enveloppe de déduction non utilisée. Enfin, le taux du prélèvement forfaitaire unique progresse de 30 % à 31,4 %, ce qui alourdit légèrement la fiscalité des gains à la sortie.

À ces évolutions fiscales s’ajoute une nouvelle exigence réglementaire issue de la loi Industrie verte. D’ici décembre 2026, les gestionnaires devront intégrer au moins un fonds investi en actifs non cotés dans les profils de gestion pilotée du PER. L’objectif affiché par les pouvoirs publics est d’orienter davantage l’épargne longue vers le financement des entreprises, en particulier européennes, et vers le capital investissement dans les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Pour le ministère de l’Économie, le succès du PER représente un signal positif pour le financement de long terme du tissu productif.

Un troisième pilier qui complète l’assurance vie

La montée en puissance du PER ne doit pas se lire comme une concurrence frontale avec l’assurance vie, mais comme l’émergence d’un troisième pilier de préparation de la retraite, aux côtés des régimes obligatoires et de l’épargne de précaution. Les deux enveloppes répondent en réalité à des logiques distinctes. L’assurance vie, avec ses quelque 2 100 milliards d’euros d’encours et une collecte record en 2025, conserve l’avantage de la liquidité et d’une fiscalité avantageuse en cas de rachat après huit ans. Le PER, lui, mise sur le blocage de l’épargne jusqu’à la retraite, en contrepartie d’un avantage fiscal à l’entrée particulièrement intéressant pour les contribuables fortement imposés.

Pour le conseiller, l’enjeu consiste à articuler ces deux outils en fonction de la situation de chaque client : tranche marginale d’imposition, horizon de placement, objectifs de transmission et besoin de revenus complémentaires. Le PER trouve toute sa pertinence pour les actifs en milieu ou en fin de carrière, dont les revenus élevés rendent la déduction à l’entrée attractive et qui anticipent une baisse de leur taux d’imposition à la retraite. L’assurance vie reste, de son côté, l’instrument privilégié pour une épargne disponible et une optimisation successorale souple.

Un produit désormais incontournable du conseil patrimonial

Le franchissement des 150 milliards d’euros confirme que le PER s’est imposé comme un produit incontournable du conseil patrimonial. Sa progression rapide, portée par les versements individuels et par l’appui du réseau assurantiel, en fait un sujet de dialogue privilégié entre l’épargnant et son conseiller, à mesure que se rapproche l’échéance de la retraite. Les arbitrages entre capital et rente, la maîtrise fine de la fiscalité de sortie et la gestion des transferts d’anciens contrats deviennent autant de compétences clés pour les professionnels de l’assurance et de la banque.

Dans un environnement marqué par l’incertitude sur l’avenir des retraites publiques et par des ajustements fiscaux réguliers, la valeur ajoutée du conseil se mesurera à la capacité d’adapter chaque recommandation au profil et au calendrier de vie de l’épargnant. Le PER n’est plus un produit de niche : il s’installe au centre d’une stratégie de revenus de fin de carrière dont les organismes de formation et les réseaux de distribution devront accompagner la montée en compétence.

Sources

L’assurance vie en 2025 : une collecte solide au service de l’économie française, avec les chiffres des PER assurantiels (France Assureurs) – Janvier 2026

https://www.franceassureurs.fr/espace-presse/lassurance-vie-en-2025-une-collecte-solide-au-service-de-leconomie-francaise/

Plan d’épargne retraite : l’encours franchit le seuil des 150 milliards d’euros (Planète CSCA) – Mai 2026

https://www.planetecsca.fr/actualites/environnement-courtage-assurances/encours-plan-epargne-retraite-per-150-milliards-2026/

PER : 150,4 milliards d’euros d’encours fin 2025 (Meilleurtaux Placement) – Mai 2026

https://placement.meilleurtaux.com/retraite/actualites/2026-mai/per-150-4-milliards-deuros-dencours-fin-2025.html

Déblocage PER : cas de sortie anticipée et fiscalité (Meilleurtaux Placement) – 2026

https://placement.meilleurtaux.com/retraite/per/gestion/deblocage-per.html

Le PER : 150 milliards d’euros d’encours (Cercle de l’Épargne) – Juin 2026

https://cercledelepargne.com/le-per-150-milliards-deuros-dencours