Tibi III : pourquoi les assureurs engagent 5,3 milliards ?
Avec Tibi III, les assureurs français engagent 5,3 milliards d’euros pour financer l’innovation et la souveraineté technologique européenne. France Assureurs a salué le lancement de la troisième phase de l’initiative Tibi, annoncé le vendredi 19 juin 2026 par le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à l’occasion du salon Vivatech. Au-delà du montant, cet engagement illustre un rôle dont la profession tire une véritable fierté : celui d’orienter l’épargne des Français vers le financement de l’économie réelle et des technologies stratégiques. Loin d’être une opération ponctuelle, il prolonge une trajectoire engagée de longue date par le secteur.
Dans un contexte de forte concurrence internationale et d’accélération des transformations technologiques, notamment dans l’intelligence artificielle, cette étape marque la poursuite de la mobilisation des investisseurs institutionnels au service de la souveraineté française et européenne. Pour les assureurs, elle confirme une position d’investisseur stratégique et donne un contenu concret à la mission de financement de long terme qui est au cœur de leur métier.
Tibi III, un engagement record des assureurs
L’engagement des assureurs dans Tibi III atteint un niveau inédit. Leur contribution de 5,3 milliards d’euros représente une hausse d’environ 30 % par rapport à la deuxième phase du programme. Sur la quarantaine d’investisseurs partenaires de cette troisième phase, les assureurs et les mutuelles constituent le noyau dur, comme lors des deux étapes précédentes. Au total, Tibi III doit permettre de mobiliser 13 milliards d’euros supplémentaires, un montant record, avec l’objectif d’atteindre 15 milliards d’euros d’ici la fin de l’année 2026.
Cette nouvelle enveloppe porte la dynamique à une échelle considérable. Depuis le lancement de l’initiative en 2020, près de 31 milliards d’euros auront été mobilisés au service de l’innovation, des technologies de rupture et de la souveraineté économique européenne. Les deux premières phases ont déjà dépassé leurs objectifs : au 31 mars 2026, près de 16 milliards d’euros avaient été effectivement investis, au-delà des 13 milliards initialement prévus. La troisième phase accueille aussi de nouveaux entrants parmi les institutionnels, signe de l’élargissement du tour de table au-delà du cercle historique des assureurs.
Les deux premières phases ont laissé une empreinte tangible sur l’écosystème français. En orientant l’épargne institutionnelle vers le capital-risque et le capital-croissance, l’initiative a contribué à combler un retard historique du financement de la technologie en France, longtemps dépendante des fonds étrangers pour ses levées les plus importantes. Elle a accompagné la montée en puissance d’entreprises innovantes, favorisé l’apparition de fonds français de taille critique et renforcé la profondeur du marché du capital-investissement national. C’est ce bilan, jugé probant par les pouvoirs publics comme par la profession, qui justifie l’ampliation du dispositif et l’engagement accru des assureurs dans cette troisième phase.
Comment fonctionne l’initiative Tibi
Pour comprendre la portée de cet engagement, il faut rappeler le mécanisme de l’initiative. Lancée en 2019 sous l’impulsion de l’économiste Philippe Tibi, elle vise à mobiliser l’épargne longue des investisseurs institutionnels, assureurs en tête, vers des fonds de capital-risque et de capital-croissance labellisés. Le principe est indirect : les acteurs de l’assurance n’investissent pas directement dans les jeunes entreprises technologiques, mais dans des fonds spécialisés homologués, qui déploient ensuite les capitaux dans l’écosystème. Au début du mois de juin 2026, 176 fonds avaient obtenu une homologation Tibi, preuve de la structuration progressive de cette chaîne de financement.
La troisième phase apporte une nouveauté notable. Au-delà du capital-investissement non coté, Tibi III s’ouvre aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux entreprises de taille intermédiaire cotées, désormais éligibles à l’initiative. La Caisse des dépôts et consignations portera un volet dédié au renforcement des investissements dans les valeurs cotées de ces entreprises. L’objectif est de soutenir l’émergence de futurs leaders européens et de combler un maillon souvent délaissé du financement, celui des sociétés cotées de taille moyenne, moins visibles que les grandes capitalisations mais essentielles au tissu économique.
Un cap sur la souveraineté technologique
Tibi III place la souveraineté technologique au cœur de ses priorités. Les capitaux mobilisés doivent renforcer le financement de secteurs jugés stratégiques pour l’autonomie du continent : l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les infrastructures numériques critiques, les technologies de défense et la transition énergétique. Ces domaines partagent une caractéristique commune : ils exigent des capitaux patients, capables d’accompagner des entreprises sur des cycles longs et incertains, là où le financement bancaire classique trouve ses limites.
Cette orientation répond à une préoccupation devenue centrale : éviter que les futurs champions technologiques européens ne se financent et ne se développent hors d’Europe, faute de capitaux disponibles sur le continent. En finançant l’innovation de rupture, les assureurs contribuent à ancrer sur le territoire des activités déterminantes pour l’indépendance économique et la compétitivité. L’enjeu dépasse la seule performance financière : il touche à la capacité de la France et de l’Europe à maîtriser des technologies critiques, dans un environnement géopolitique tendu où la dépendance technologique est devenue un facteur de vulnérabilité.
Cet engagement suppose toutefois de concilier deux logiques parfois divergentes. D’un côté, l’assureur gère l’épargne de ses assurés avec une exigence de sécurité et de liquidité, encadrée par les règles prudentielles de Solvabilité II. De l’autre, le financement du capital-risque implique des placements peu liquides et volatils, dont le rendement est incertain et l’horizon éloigné. La labellisation des fonds Tibi vise précisément à concilier ces impératifs, en sélectionnant des gérants reconnus et en diluant le risque au sein d’une allocation globale. La contribution des assureurs reste ainsi mesurée au regard de la masse de leurs placements, mais son effet d’entraînement sur l’écosystème est décisif, car elle apporte aux fonds une base d’investisseurs stables et de long terme.
Les assureurs, moteur du financement de l’économie
L’engagement dans Tibi III n’est que la partie visible d’un rôle beaucoup plus large. Les assureurs français sont des investisseurs de premier plan, avec un total de placements de 2 774 milliards d’euros à fin 2025, en hausse de 6,3 % sur un an, un montant qui a plus que doublé en vingt ans et qui équivaut à 93 % du produit intérieur brut français. Ces investissements, réalisés à 81 % dans la zone euro, irriguent l’ensemble de l’économie. La part consacrée au financement des entreprises est passée de 53 % en 2005 à 64 % aujourd’hui, avec 846 milliards d’euros placés dans les entreprises françaises et près de 80 000 entreprises financées en direct sur tout le territoire.
Le rôle des assureurs ne se limite pas aux entreprises. Ils investissent également près de 650 milliards d’euros en titres d’administrations publiques et financent à hauteur de 22 % la dette publique française. Cette contribution s’appuie sur des partenariats de long terme, à l’image du dispositif France Investissement Assureurs mené avec Bpifrance, qui a permis de mobiliser plusieurs milliards d’euros au bénéfice des PME et des entreprises de taille intermédiaire. Ces chiffres donnent la mesure d’un secteur qui se pense de plus en plus comme un acteur du financement de l’économie réelle, et non comme un simple gestionnaire de risques.
Ce rôle s’exerce aussi au service de la transition écologique. Les assureurs orientent une part croissante de leurs actifs vers une économie bas carbone, avec plusieurs dizaines de milliards d’euros de placements verts, tandis que leur exposition aux énergies fossiles ne représente plus qu’une fraction marginale des actifs gérés. Leur horizon d’investissement, structurellement long, en fait des partenaires naturels des projets à maturité lente, qu’il s’agisse d’infrastructures, de transition énergétique ou d’innovation de rupture. Tibi III s’inscrit dans cette logique : mobiliser une épargne patiente là où les besoins de capitaux sont les plus difficiles à satisfaire, et où la valeur créée ne se matérialise qu’au terme de plusieurs années.
L’assurance vie, courroie entre épargne et souveraineté
Au cœur de ce mécanisme se trouve l’assurance vie, dont l’encours atteignait 2 107 milliards d’euros à fin 2025. C’est elle qui fait le lien entre l’épargne des Français et les besoins de financement de l’économie. La part des unités de compte, plus directement investies dans les marchés et les entreprises, représente désormais 32 % de cet encours, contre 19 % en 2005. La présidente de France Assureurs a rappelé à cette occasion le rôle essentiel de l’assurance vie dans l’orientation de l’épargne vers l’économie, et plaidé pour la préservation de son cadre fiscal, condition de sa capacité à financer le long terme.
Ce plaidoyer n’est pas anodin dans un contexte budgétaire tendu, où la fiscalité de l’épargne fait régulièrement l’objet de débats. L’argument de la profession est clair : c’est parce que l’assurance vie collecte une épargne stable et de long terme qu’elle peut l’investir dans des actifs peu liquides comme le capital-risque ou les infrastructures. Fragiliser son attractivité fiscale reviendrait à tarir l’une des principales sources de financement de la souveraineté technologique. Tibi III offre ainsi une démonstration concrète de l’utilité économique et collective de ce placement détenu par des millions de Français.
Un argument de fierté et un levier de formation
Pour les assureurs, les bancassureurs et leurs réseaux, cet engagement constitue un puissant argument de fierté professionnelle. Le métier d’assureur est souvent perçu à travers le seul prisme de l’indemnisation ou de la tarification. Tibi III rappelle qu’il porte aussi une dimension d’intérêt général : l’épargne confiée par les assurés sert à financer les entreprises, l’innovation et la souveraineté du pays. Cette dimension donne du sens au travail des équipes et constitue un levier de mobilisation interne, dans un secteur en quête d’attractivité et de reconnaissance.
Elle nourrit également un argumentaire commercial légitime et différenciant. Expliquer à un épargnant qu’en souscrivant une assurance vie il participe, indirectement, au financement de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité ou de la transition énergétique européennes, donne une profondeur nouvelle à la relation client. Encore faut-il que les conseillers maîtrisent ce discours, en comprennent les mécanismes et sachent le traduire simplement, sans survendre une performance ou masquer le risque des unités de compte. C’est là que la formation joue un rôle déterminant : transformer une politique d’investissement institutionnelle en un récit clair, sincère et mobilisateur, au service à la fois du client, de l’entreprise et de la souveraineté collective. L’engagement de 5,3 milliards d’euros dans Tibi III n’est pleinement utile que s’il est compris et porté par ceux qui, chaque jour, font vivre la relation avec les assurés.
Sources
Lancement de Tibi III : les assureurs français mobilisent 5,3 milliards d’euros pour financer l’économie et la souveraineté européenne | France Assureurs – Juin 2026
https://www.franceassureurs.fr/espace-presse/les-communiques-de-presse/lancement-tibi-iii/
Initiative Tibi, phase 3 : un montant record de 13 milliards d’euros mobilisés pour financer les technologies nécessaires à notre souveraineté | economie.gouv.fr – Juin 2026
L’initiative Tibi lance sa troisième phase avec 13 milliards d’euros supplémentaires | Direction générale du Trésor – Juin 2026
Tibi phase 3 : les assureurs en 1re ligne | L’Assurance en Mouvement – Juin 2026
https://www.lassuranceenmouvement.com/2026/06/22/tibi-phase-3-les-assureurs-en-1ere-ligne
Les assureurs misent sur l’innovation et la souveraineté avec Tibi III | Option Finance – Juin 2026
Souveraineté européenne : Tibi III est lancé | Profession CGP – Juin 2026
Les assureurs, moteur du financement de l’économie | France Assureurs – Mars 2026



