Arnaques et usurpation d’identité : le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF publie son rapport annuel

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Arnaques et usurpation d’identité : dans ces affaires, le client est la victime, et sa protection devient centrale pour toute la chaîne bancaire et assurantielle. Dans son rapport annuel 2025, le Pôle commun de l’Autorité des marchés financiers et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution alerte sur des risques croissants : plus de 1 300 sites ou acteurs non autorisés ont été ajoutés aux listes noires en 2025, plusieurs centaines de cas d’usurpation ont été détectés, y compris visant les deux autorités et leurs collaborateurs, et plus de 4 500 publicités ont été analysées, soit plus du double du volume précédent. Le 8 juillet 2026, l’ACPR et la Banque de France ont relancé l’alerte, rappelant que les escrocs ne prennent pas de vacances.

Le sujet est d’autant plus sensible que, dans ces affaires, le client n’est pas un fraudeur mais une victime. Attiré par une fausse publicité, mis en confiance par un faux conseiller, il agit souvent de bonne foi avant de découvrir que son argent s’est volatilisé. Pour les réseaux bancaires et d’assurance, protéger le client suppose donc de comprendre les mécanismes de ces arnaques, de connaître les outils de détection et de faire de la vigilance, y compris en agence, un réflexe partagé.

Un rapport 2025 qui alerte sur les arnaques et l’usurpation d’identité

Le rapport annuel 2025 du Pôle commun, publié le 24 juin 2026, dresse un état des lieux préoccupant des arnaques et de l’usurpation d’identité. En 2025, ce sont précisément 1 351 nouveaux noms de sites ou d’acteurs non autorisés qui ont été identifiés et ajoutés aux listes noires de l’AMF et de l’ACPR, portant le total à 9 269 entrées au 31 décembre 2025. Plusieurs centaines de cas d’usurpation d’identité ont été recensés, y compris des usurpations visant directement les deux autorités et leurs agents, ce qui traduit l’audace croissante des fraudeurs.

Le travail de surveillance s’est intensifié en conséquence. Dans le cadre de leur veille sur les offres commerciales, l’AMF et l’ACPR ont analysé plus de 4 500 publicités diffusées via les médias traditionnels ou numériques, soit plus du double du volume examiné l’année précédente, et transmis à la répression des fraudes quatorze promotions réalisées par des influenceurs. Le constat de fond est clair : le paysage de l’épargne connaît une profonde transformation, marquée par l’usage croissant des médias digitaux et par une explosion des arnaques. Selon le baromètre de l’épargne et de l’investissement de l’AMF, 16 % des Français interrogés déclaraient en 2025 avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière.

Cette progression s’explique en partie par la sophistication des moyens employés. Les fraudeurs exploitent les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et la messagerie instantanée pour toucher un public toujours plus large, et recourent désormais à des outils numériques avancés pour crédibiliser leurs approches. Faux sites imitant à la perfection ceux d’établissements connus, documents contrefaits, voire imitations de voix ou de visages générées par intelligence artificielle : l’écart se réduit entre le vrai et le faux, ce qui rend la vigilance plus difficile pour un épargnant non averti. Le rapport souligne aussi que ce phénomène ne concerne pas uniquement les placements financiers, mais l’ensemble des produits bancaires et assurantiels, ce qui élargit considérablement la surface d’exposition des clients.

Faux livrets et faux crédits : l’anatomie d’une arnaque

Les arnaques suivent des schémas désormais bien identifiés. Les faux livrets d’épargne et les faux crédits concentrent l’essentiel des signalements. Selon l’ACPR, environ les deux tiers des signalements reçus portent sur de faux placements et un tiers sur de faux crédits. Les faux placements promettent des rendements exceptionnels, souvent compris entre 8 et 15 % par an, sur des produits inexistants. Les faux crédits, eux, ciblent des personnes en recherche de financement : le dossier est présenté comme accepté, mais un virement initial est exigé au titre de prétendus frais de dossier, d’une garantie de bonne foi ou d’une assurance emprunteur.

Les préjudices sont considérables. Le montant moyen d’une arnaque au faux livret atteint environ 69 000 euros, certains cas dépassant 400 000 euros, et un dossier traité au premier semestre 2026 a causé une perte de plus de 700 000 euros. Les fraudeurs recourent massivement aux publicités diffusées sur internet et les réseaux sociaux pour attirer leurs victimes vers des sites frauduleux, avant de refermer le piège par téléphone ou par courriel. Contrairement à une idée reçue, les cibles ne sont pas seulement les personnes âgées ou vulnérables : les jeunes, les investisseurs en Bourse et en cryptoactifs et les personnes aux revenus confortables figurent parmi les plus exposés, les hommes représentant une nette majorité des victimes, souvent parce qu’ils se sentent plus sûrs de leur expertise et décident seuls.

L’usurpation d’identité, arme centrale des fraudeurs

Au cœur de ces dispositifs se trouve l’usurpation d’identité, présente dans une large part des arnaques. Les escrocs se présentent comme des salariés d’établissements bancaires, de compagnies d’assurance, voire d’institutions financières comme l’ACPR elle-même, afin d’inspirer confiance. Ils reprennent des logos, des noms de sociétés réelles et parfois l’identité de vrais professionnels pour crédibiliser leur démarche. Le client croit alors dialoguer avec un interlocuteur légitime, ce qui abaisse sa méfiance au moment décisif.

Le point de départ de l’arnaque est souvent la divulgation, involontaire, de données personnelles. Des informations en apparence anodines permettent aux fraudeurs de se faire passer pour un établissement de confiance et de personnaliser leur approche. La technique de l’usurpation explique pourquoi les listes noires, aussi utiles soient-elles, ne suffisent pas : un escroc peut se dissimuler derrière le nom d’un acteur parfaitement légitime et non répertorié. La vérification ne peut donc se limiter à un nom : elle doit porter sur les coordonnées exactes, l’adresse et les canaux officiels de l’établissement présumé.

Les autorités ont précisément développé des outils pour permettre cette vérification. Le registre unique des acteurs autorisés en banque et en assurance, comme le registre des intermédiaires, permet de contrôler qu’une société qui démarche un client est bien habilitée à exercer en France. Encore faut-il que le professionnel vérifie la stricte concordance entre la dénomination, l’adresse et les coordonnées affichées et celles de l’entité officielle, car les escrocs jouent souvent sur une légère variation, une adresse modifiée ou un numéro de téléphone différent. Cette gymnastique de vérification, simple en apparence, suppose une connaissance précise des registres et des réflexes que tout conseiller devrait maîtriser pour orienter efficacement un client qui doute.

Le 8 juillet 2026 : les escrocs ne prennent pas de vacances

C’est dans ce contexte que l’ACPR et la Banque de France ont publié, le 8 juillet 2026, une mise en garde au ton inhabituellement direct, résumée par une formule frappante : l’été, les escrocs ne prennent pas de vacances. Les autorités observent en effet une recrudescence saisonnière des escroqueries, les fraudeurs profitant de la baisse de vigilance des vacanciers et de leur consommation accrue d’internet pour intensifier leurs campagnes dès le mois de juin. Les faux placements, faux crédits et faux rachats de crédit se multiplient, avec des préjudices pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.

Le régulateur rappelle à cette occasion les réflexes essentiels. Il s’agit d’abord de protéger ses données personnelles, dont la divulgation est souvent le point de départ de l’arnaque, et de ne jamais communiquer ses données bancaires sensibles, identifiants, mots de passe ou codes de validation. Aucune banque ne demande à ses clients de transmettre leurs codes confidentiels ni de valider une opération à la demande d’un tiers. Les autorités invitent aussi à se méfier des appels et courriels non sollicités, à ne jamais céder à l’urgence et, en cas de doute, à contacter directement sa banque. Elles renvoient enfin vers le site ABE Infoservice, qui permet de consulter les listes noires et d’adopter les bons réflexes.

La vigilance en agence, dernier rempart

Si la prévention en ligne est essentielle, la vigilance en agence constitue souvent le dernier rempart avant que l’argent ne quitte le compte de la victime. Un conseiller attentif peut détecter les signaux d’alerte : un virement soudain vers un compte inconnu, souvent à l’étranger, un client pressé et évasif sur la destination des fonds, la mention d’un placement au rendement mirobolant, ou une opération réalisée sous la pression d’un interlocuteur au téléphone. Ces indices, pris ensemble, dessinent le profil d’une victime sous emprise qui ne se sait pas encore arnaquée.

Le rôle du professionnel est alors délicat. Il doit interroger sans brusquer, alerter sans culpabiliser, et parfois retarder une opération le temps de vérifier la légitimité du bénéficiaire, en consultant les listes noires et les registres officiels des acteurs autorisés. Cette posture suppose une véritable compétence : savoir poser les bonnes questions, reconnaître les scénarios de fraude, expliquer le risque à un client convaincu d’avoir trouvé une bonne affaire. Beaucoup de victimes, prises dans le récit du fraudeur, se montrent d’abord agacées par l’insistance de leur conseiller avant de lui être reconnaissantes. La formation des équipes de guichet et de conseil à la détection des arnaques devient ainsi un enjeu de protection concret.

Un enjeu de protection du client et de formation

Pour les banques, les assureurs et leurs réseaux, la lutte contre les arnaques dépasse la simple conformité : elle touche au cœur de la relation de confiance avec le client. Être un tiers de confiance suppose de savoir protéger l’assuré ou l’épargnant contre des menaces extérieures, y compris lorsqu’il est lui-même, de bonne foi, sur le point de commettre une erreur. Cela implique de sensibiliser régulièrement la clientèle, de relayer les campagnes de prévention, d’expliquer les bons réflexes et de rappeler qu’aucun établissement sérieux ne réclame de codes confidentiels ni de virement pour débloquer un crédit.

La dimension de formation est ici centrale. Les conseillers doivent connaître les typologies d’arnaques, les techniques d’usurpation et les signaux faibles qui trahissent une tentative de fraude, mais aussi maîtriser la manière d’en parler avec tact à un client fragilisé. Cette compétence, à la croisée de la technique, de la conformité et de la relation humaine, ne s’improvise pas. En faisant de la vigilance anti-arnaque un réflexe collectif, porté par des équipes bien préparées, les réseaux transforment une obligation de protection en une véritable valeur ajoutée. Alors que les fraudeurs redoublent d’ingéniosité et que le client reste leur cible privilégiée, la meilleure défense demeure un professionnel formé, attentif et capable de dire, au bon moment, un mot qui évite l’irréparable.

Sources

Le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF publie son rapport annuel 2025 | ACPR, Banque de France – Juin 2026

https://acpr.banque-france.fr/fr/communiques-de-presse/le-pole-commun-de-lacpr-et-de-lamf-publie-son-rapport-annuel-2025

Le Pôle commun de l’AMF et de l’ACPR publie son rapport annuel 2025 | AMF – Juin 2026

https://www.amf-france.org/fr/actualites-publications/communiques/communiques-de-lamf/le-pole-commun-de-lamf-et-de-lacpr-publie-son-rapport-annuel-2025

L’été, les escrocs ne prennent pas de vacances : l’ACPR et la Banque de France appellent à redoubler de vigilance face aux fraudes | Banque de France – Juillet 2026

https://www.banque-france.fr/fr/communiques-de-presse/lete-les-escrocs-ne-prennent-pas-de-vacances-lacpr-et-la-banque-de-france-appellent-redoubler-de

Arnaques et produits structurés : le double combat du Pôle commun AMF-ACPR | La finance pour tous – Juillet 2026

https://www.lafinancepourtous.com/2026/07/02/arnaques-et-produits-structures-le-double-combat-du-pole-commun-amf-acpr/

Arnaques financières : les bons réflexes à conserver pendant les vacances | Club Patrimoine – Juillet 2026

https://www.clubpatrimoine.com/contenus/arnaques-financieres

Cryptoactifs, Forex, livret bancaire, usurpation d’identité : les listes noires de l’AMF et de l’ACPR | La finance pour tous – Avril 2026

https://www.lafinancepourtous.com/2026/04/15/cryptoactifs-forex-livret-bancaire-usurpation-didentite-les-listes-noires-de-lamf-et-de-lacpr/

Arnaques financières en ligne : la Banque de France alerte le grand public cet été | Boursorama – Juillet 2026

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites-amp/arnaques-financieres-en-ligne-la-banque-de-france-alerte-le-grand-public-cet-ete-les-escrocs-ne-prennent-pas-de-vacances-ecd807a0a139d88a9ff5a6f6ca683810