Assurance-crédit : cinquième année de hausse des défaillances d’entreprises
Assurance-crédit : avec la montée des défaillances d’entreprises, le risque d’impayé redevient central et la question de sa couverture s’impose à tous les dirigeants. Selon Allianz Trade, leader mondial de l’assurance-crédit, les défaillances d’entreprises devraient augmenter de 6 pour cent dans le monde en 2026, ce qui marquerait une cinquième année consécutive de hausse avant une stabilisation à un niveau élevé en 2027. La France, de son côté, a enregistré 19 243 défaillances au premier trimestre 2026, en progression de 6 pour cent sur un an, un plus haut historique pour un début d’année. Dans ce contexte, la protection du poste client n’est plus une option de confort mais un sujet de gestion des risques à part entière.
Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Après les années de soutien massif des États pendant la crise sanitaire, les entreprises affrontent désormais un environnement plus exigeant : coût du capital plus élevé, demande atone, marges comprimées et remboursement des prêts garantis par l’État. La défaillance d’un client se répercute immédiatement sur la trésorerie de ses fournisseurs, avec un risque d’effet domino sur toute la chaîne. C’est précisément ce risque que l’assurance-crédit a vocation à maîtriser, en combinant prévention, recouvrement et indemnisation.
Une cinquième année consécutive de hausse des défaillances
La hausse des défaillances d’entreprises s’inscrit dans une séquence longue. Selon Allianz Trade, l’indice mondial progresse pour la cinquième année d’affilée sur la période 2022-2026, après des hausses de 10 pour cent en 2024 et de 6 pour cent en 2025. Trois facteurs expliquent cette dynamique : un relâchement tardif et limité des taux d’intérêt, la persistance d’un environnement incertain et la faiblesse de la croissance. Les tensions géopolitiques ajoutent un aléa haussier : une prolongation du conflit au Moyen-Orient pourrait, selon l’assureur, accroître encore les défauts.
Les conséquences sociales sont considérables. Allianz Trade estime que 2,2 millions d’emplois seraient directement menacés au niveau mondial en 2026, soit 94 000 de plus qu’en 2025. L’Europe arrive en tête de ce décompte avec environ 1,3 million de personnes potentiellement touchées, devant l’Amérique du Nord. La construction, le commerce de détail et les services figurent parmi les secteurs les plus exposés. Au niveau régional, la zone euro devrait connaître une nouvelle progression de l’ordre de 3 pour cent, l’Allemagne se maintenant à un niveau inédit depuis douze ans et la France atteignant un nouveau record.
La France à un plus haut historique au premier trimestre 2026
Les défaillances d’entreprises en France illustrent cette tendance de façon frappante. Les 19 243 cas recensés au premier trimestre 2026 dépassent le précédent record pour un début d’année, qui datait du premier trimestre 2015 avec 18 625 dossiers. Allianz Trade anticipe un nombre de cas élevé et prolongé autour de 69 900 sur l’ensemble de 2026, en hausse de 2 pour cent par rapport à 2025, et jusqu’à plus de 71 600 dans un scénario macroéconomique alternatif marqué par l’aggravation des tensions internationales. Plusieurs causes structurelles entretiennent ce niveau élevé : une conjoncture faible, une inflation qui freine la consommation, des difficultés persistantes dans la construction, des taux encore élevés et le grand nombre d’entreprises créées depuis la pandémie.
La hausse se diffuse à l’ensemble du tissu économique mais se concentre aux deux extrémités du spectre, les plus petites entreprises et les plus grandes. Sur douze mois, la dynamique reste marquée dans les secteurs liés à la consommation des ménages, comme l’agriculture, les services aux particuliers, l’hébergement et la restauration ou encore le commerce automobile. Signe que les grandes structures ne sont plus épargnées, le chiffre d’affaires cumulé des entreprises défaillantes atteignait fin mars 2026 un niveau très élevé, de l’ordre de 37,6 milliards d’euros, et le passif fournisseurs associé dépassait 7,5 milliards d’euros. Ce dernier chiffre dit l’essentiel pour les créanciers : derrière chaque défaillance, des fournisseurs risquent de ne jamais être payés.
Ce premier trimestre prolonge une séquence inédite. Après 56 760 défaillances en 2023, la France a franchi le seuil des 66 000 cas en 2024, un record à l’époque, puis s’est encore rapprochée des 68 500 cas en 2025, soit une quatrième année consécutive de hausse et un volume très supérieur aux niveaux d’avant la pandémie. Les disparités territoriales restent fortes : sur l’ensemble de 2025, la quasi-totalité des régions ont vu leurs défaillances augmenter, les Pays de la Loire, les départements d’outre-mer et la Corse enregistrant les plus fortes progressions. Au premier trimestre 2026, la photographie s’inverse localement, avec un repli dans certaines régions et une accélération marquée dans le Centre-Val de Loire et la Bourgogne-Franche-Comté. Cette hétérogénéité rappelle que le risque clients doit s’apprécier au cas par cas, secteur par secteur et territoire par territoire, plutôt qu’à partir de la seule moyenne nationale.
Allianz Trade et Coface : deux lectures du même risque
Si la tendance fait consensus, son intensité divise les assureurs-crédit. Allianz Trade retient une hausse mondiale de 6 pour cent en 2026. Coface se montre plus prudent et table sur une progression de 2,8 pour cent au niveau mondial et de 2 pour cent en France, qu’il décrit comme une respiration davantage qu’une amélioration : le volume des défaillances ne baisserait pas, il cesserait simplement d’accélérer. L’assureur Atradius, de son côté, a relevé sa prévision mondiale à environ 3 pour cent. Ces écarts reflètent des méthodologies et des périmètres différents, mais tous convergent vers un constat : le risque reste sur un plateau haut.
Coface souligne surtout la fragilité sous-jacente de certains secteurs, notamment la construction, la chimie et le textile, dont la capacité à assurer le service de leur dette est limitée. L’assureur insiste sur la sensibilité de l’équilibre 2026 au coût du financement : un relèvement de seulement 25 points de base des taux d’emprunt suffirait à faire repartir les défaillances mondiales autour de 4 à 5 pour cent. Autrement dit, la trajectoire de l’année dépendra moins de la croissance que du rythme d’ajustement monétaire, le coût du crédit devenant le véritable arbitre. Pour un dirigeant, cette incertitude justifie une vigilance accrue sur la solidité financière de ses clients.
Plusieurs phénomènes de fond entretiennent par ailleurs la pression. La disparition progressive des entreprises dites zombies, qui avaient survécu grâce aux aides de la crise sanitaire et à la faiblesse des taux, alimente mécaniquement les statistiques, de même que la poursuite du remboursement des prêts garantis par l’État, qui pèse sur la trésorerie des structures les plus exposées. La forte création d’entreprises observée depuis 2020 gonfle aussi le volume des défaillances potentielles, les jeunes sociétés étant statistiquement plus vulnérables. Certains économistes ajoutent un facteur émergent : la diffusion rapide de l’intelligence artificielle pourrait, dans une phase de transition, fragiliser les modèles économiques les moins préparés. Tous ces éléments concourent à maintenir le risque de défaillance sur un plateau durablement élevé.
L’impayé, menace directe sur la trésorerie
Le lien entre défaillances et impayés est mécanique. Lorsqu’une entreprise accorde un délai de paiement à un client, elle prend le risque de ne jamais être réglée si celui-ci tombe en procédure collective. Coface rappelle qu’un impayé est en cause dans une part importante des défaillances, de l’ordre d’une sur quatre, l’effet domino transformant la chute d’un débiteur en difficulté pour toute la chaîne de fournisseurs. Les PME, plus vulnérables, sont les premières concernées, car la perte d’une créance significative peut suffire à fragiliser durablement leur fonds de roulement.
Le risque est encore plus difficile à appréhender à l’export. Les entreprises exportatrices travaillent avec des acheteurs étrangers dont la solvabilité est malaisée à évaluer, dans des cadres juridiques hétérogènes où le recouvrement peut s’avérer long et coûteux. Allianz Trade pointe un double risque pour les entreprises françaises : la rupture des chaînes d’approvisionnement pour celles qui se fournissent à l’étranger, et la multiplication des impayés pour celles dont les partenaires sont hors de France. Son indice de défaillance à l’export a d’ailleurs progressé plus vite que l’indice domestique en 2025, signe que le risque clients s’intensifie au-delà des frontières.
L’assurance-crédit, du recouvrement à la prévention
Face à cette montée du risque, l’assurance-crédit constitue un mécanisme de protection conçu pour les transactions entre entreprises. Son fonctionnement repose sur trois piliers. La prévention d’abord : l’assureur surveille en continu la solvabilité des clients de l’assuré et leur attribue une limite de crédit, un montant maximum garanti qui aide le dirigeant à calibrer les délais et les encours qu’il accorde. Le recouvrement ensuite : en cas de retard, l’assureur active son réseau pour récupérer les sommes dues. L’indemnisation enfin : si la créance reste impayée, l’entreprise est dédommagée selon une quotité définie au contrat, souvent comprise entre 70 et 95 pour cent du montant garanti.
Au-delà de la garantie financière, l’assurance-crédit est devenue un véritable outil de pilotage du poste client. Les analyses de solvabilité fournies par les assureurs permettent d’ajuster les conditions de paiement, de prioriser les marchés et de limiter l’exposition aux clients les plus risqués. Le marché reste dominé par trois grands acteurs internationaux, Allianz Trade, Coface et Atradius, qui sont aussi les principaux pourvoyeurs des études de prévision évoquées plus haut. Cette double casquette, à la fois observateur du risque et porteur de la couverture, explique la richesse de l’information disponible et l’intérêt de la lire avec recul.
Un enjeu de conseil pour les distributeurs
Pour les courtiers, les conseillers et les réseaux de bancassurance, ce retour du risque d’impayé ouvre un espace de conseil naturel. Beaucoup de PME restent non couvertes ou mal couvertes, par méconnaissance ou parce que la conjoncture porteuse des années passées avait relégué le sujet au second plan. La cinquième année consécutive de hausse des défaillances change la donne et crée une opportunité d’accompagnement : auditer l’exposition au risque clients, comparer les contrats, expliquer les notions de limite de crédit et de quotité, et articuler la couverture privée avec les dispositifs publics destinés aux exportateurs.
Le conseil suppose aussi de poser les limites du produit. L’assurance-crédit couvre un risque encadré, l’insolvabilité ou la carence prolongée d’un client professionnel, dans le cadre de limites de crédit et d’une quotité d’indemnisation. Elle ne dispense pas l’entreprise d’une gestion rigoureuse de sa facturation et de ses délais de paiement. Le bon conseil consiste donc à présenter la couverture comme un élément d’une stratégie globale de maîtrise du risque clients, et non comme une garantie absolue. Dans un environnement où les défaillances d’entreprises se maintiennent à un niveau record, c’est cette pédagogie, plus que la seule vente d’un contrat, qui distingue un partenaire utile.
Sources
Défaillances d’entreprises en France au 1er trimestre 2026 | Allianz Trade – Avril 2026
https://www.allianz-trade.fr/actualites/defaillances-entreprises-france-t1-2026.html
Défaillances d’entreprises à l’échelle mondiale en 2026-2027 | Allianz Trade – Avril 2026
https://www.allianz-trade.fr/actualites/defaillances-entreprises-echelle-mondiale-2026-2027.html
Allianz Trade : les défaillances d’entreprises dans le monde devraient augmenter de 6 % en 2026 | La Tribune de l’Assurance – Avril 2026
Les défaillances d’entreprises devraient progresser de 2,8 % dans le monde en 2026 | Coface – Janvier 2026
Risques pays et sectoriels 2026 : l’heure de vérité pour l’économie mondiale | Coface – Février 2026
Risque client : les défaillances d’entreprises dans le monde en hausse de 6 % cette année (Coface) | Le Moci – Juin 2026
Risque client : Atradius revoit à la hausse ses prévisions mondiales de défaillances pour 2026 | Le Moci – Avril 2026



