L’assurance vie peut‑elle maintenir sa dynamique record en 2026 ?
L’assurance vie, son marché et sa dynamique sont au cœur de l’actualité financière en ce début d’année 2026. Avec 19,2 milliards d’euros de cotisations enregistrées en janvier, le premier placement financier des ménages français démarre l’exercice sur un rythme inédit. Ce résultat, publié par France Assureurs début mars 2026, constitue un record absolu pour un seul mois, dépassant le précédent sommet atteint en juillet 2025 à 18,5 milliards d’euros. Cette performance s’inscrit dans le prolongement d’une année 2025 déjà exceptionnelle, au cours de laquelle la collecte nette avait franchi pour la première fois depuis quinze ans le seuil symbolique des 50 milliards d’euros. Le signal envoyé par les épargnants est clair : l’assurance vie retrouve un statut de placement privilégié dans un contexte de réallocation généralisée des flux d’épargne.
Des cotisations mensuelles à un niveau historique
Les chiffres de janvier 2026 traduisent une accélération nette de la dynamique observée tout au long de l’année précédente. Les 19,2 milliards d’euros de cotisations représentent une progression de 9 % par rapport à janvier 2025, soit 1,6 milliard d’euros supplémentaires en un an. Ce montant dépasse le record précédent de juillet 2025, qui s’établissait à 18,5 milliards d’euros. La hausse est d’autant plus significative qu’elle concerne à la fois les supports en unités de compte, en progression de 10 %, et les fonds en euros, en hausse de 9 %. Ce double moteur de croissance constitue un fait notable, car les années précédentes avaient souvent été marquées par une dynamique dissymétrique entre ces deux catégories de supports.
Pour replacer ces chiffres dans une perspective plus large, il convient de rappeler que l’année 2025 s’était déjà achevée sur des niveaux exceptionnels. Selon France Assureurs, les cotisations brutes annuelles avaient atteint 192,1 milliards d’euros, un record absolu, en hausse de 10 % par rapport à 2024. La collecte nette annuelle s’était établie à 50,6 milliards d’euros, un seuil qui n’avait plus été franchi depuis 2010. L’élan de janvier 2026 prolonge donc cette trajectoire ascendante et suggère que le premier trimestre de l’année pourrait s’inscrire dans la continuité de ces performances.
Une collecte nette portée par la confiance des épargnants
Au‑delà des cotisations brutes, c’est la collecte nette qui retient l’attention des analystes. En janvier 2026, elle atteint 6,2 milliards d’euros, en hausse de 1,8 milliard par rapport au même mois de l’année précédente. Ce niveau n’avait pas été observé depuis juillet 2010, selon les données du Cercle de l’Épargne, qui souligne que cette performance est trois fois supérieure à la moyenne des dix dernières années. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il s’explique par la conjonction d’une hausse des versements et d’un recul modéré des prestations. Les rachats et capitaux décès versés aux assurés se sont en effet établis à 12,9 milliards d’euros, en léger repli de 2 % sur un an.
Dans le détail, les unités de compte concentrent l’essentiel de la collecte nette avec 5,8 milliards d’euros, tandis que les fonds en euros contribuent à hauteur de 0,4 milliard d’euros. Cette répartition confirme une tendance de fond : les épargnants recherchent du rendement et acceptent une exposition plus importante aux marchés financiers. Toutefois, le maintien d’une collecte nette positive sur les fonds en euros constitue un signal encourageant pour l’ensemble du marché. Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, a souligné que ces résultats traduisent la confiance durable des Français dans ce placement de long terme et rappelé le rôle structurant de l’assurance vie dans le financement de l’économie française.
Les unités de compte, moteur de la transformation du marché de l’assurance vie
La part des unités de compte dans les cotisations s’établit à 43 % en janvier 2026, un niveau stable par rapport au même mois de l’année précédente. Cette proportion, désormais bien ancrée au‑dessus des 40 %, illustre une évolution structurelle du marché de l’assurance vie. Pendant longtemps dominé par les fonds en euros à capital garanti, le secteur a progressivement intégré des supports plus diversifiés, offrant aux épargnants un accès aux marchés actions, obligataires et immobiliers. Sur l’ensemble de l’année 2025, les unités de compte avaient enregistré une collecte nette de 42,5 milliards d’euros, représentant près de 84 % de la collecte nette totale.
Cette montée en puissance des unités de compte s’inscrit dans un contexte de bonne tenue des marchés financiers et d’une quête de rendement de la part des ménages. Les professionnels du secteur y voient aussi le fruit des efforts de diversification de l’offre menés par les assureurs, qui proposent désormais une gamme élargie de supports, incluant des ETF, des fonds thématiques et des supports immobiliers type SCPI ou OPCI. Pour les réseaux de distribution, qu’il s’agisse de conseillers bancaires ou d’agents généraux, cette évolution renforce la nécessité d’un accompagnement personnalisé en matière de conseil en allocation d’actifs et de gestion du risque.
Le Livret A en perte de vitesse, catalyseur de la réallocation
Le succès de l’assurance vie en ce début d’année ne peut être analysé indépendamment de l’évolution de l’épargne réglementée. En janvier 2026, le Livret A a enregistré une décollecte de 1,87 milliard d’euros, selon les chiffres publiés par la Caisse des Dépôts. Il s’agit de la plus forte sortie nette pour un mois de janvier depuis 2009. Le LDDS a également subi des retraits à hauteur de 400 millions d’euros, portant la décollecte cumulée des deux livrets à 2,27 milliards d’euros sur le mois. Ce mouvement est d’autant plus frappant que janvier est traditionnellement un mois favorable pour l’épargne réglementée, porté par les étrennes et les primes de fin d’année.
L’explication principale réside dans l’évolution des taux de rémunération. Le taux du Livret A a été progressivement abaissé, passant de 3 % début 2025 à 2,4 % en février 2025, puis 1,7 % en août 2025, pour atteindre 1,5 % au 1er février 2026. Cette érosion continue du rendement a modifié l’arbitrage des épargnants. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, observe que la baisse du taux du Livret A conduit à une réallocation progressive de l’épargne au profit de l’assurance vie. La communication des rendements des fonds en euros pour l’année 2025, intervenue courant janvier, a vraisemblablement accéléré ce mouvement en offrant aux épargnants un point de comparaison favorable.
L’encours du Livret A et du LDDS s’établit néanmoins à 613 milliards d’euros à fin janvier 2026, un niveau qui reste très élevé en termes absolus. Il ne s’agit donc pas d’un effondrement de l’épargne de précaution, mais bien d’un basculement progressif des flux vers des supports jugés plus performants. Le Livret d’Épargne Populaire, dont le taux reste fixé à 2,5 %, a quant à lui enregistré une collecte quasi nulle de 2 millions d’euros en janvier, contre 110 millions un an plus tôt.
Le retour en grâce des fonds en euros
L’un des faits marquants de la période récente est le retournement de tendance observé sur les fonds en euros. Après cinq années consécutives de décollecte nette, ces supports à capital garanti ont retrouvé les faveurs des épargnants. Sur l’ensemble de l’année 2025, la collecte nette des fonds en euros s’est établie à 8,1 milliards d’euros, un retournement spectaculaire par rapport à la décollecte de 4,7 milliards d’euros enregistrée en 2024. Ce phénomène se poursuit en début d’année 2026, avec une contribution positive des fonds en euros à la collecte nette de janvier.
Plusieurs éléments expliquent ce regain d’attractivité. Le rendement moyen des fonds en euros a progressé pour s’établir aux alentours de 2,7 % au titre de l’année 2025, en amélioration de 1,5 point par rapport au point bas de 2020 et 2021. Certains assureurs ont même affiché des taux supérieurs à 3,5 %, voire approchant les 4 % grâce à des mécanismes de bonification. À titre de comparaison, le rendement net du Livret A ne dépasse plus 1,5 % depuis février 2026. L’écart de rémunération, désormais clairement en faveur des fonds en euros même après application de la fiscalité, constitue un argument décisif dans les arbitrages des ménages.
La remontée des taux obligataires, qui a permis aux assureurs de reconstituer leurs portefeuilles à des conditions plus favorables, a joué un rôle déterminant dans cette amélioration. Les provisions pour participation aux bénéfices, accumulées au cours des années précédentes, ont également permis d’améliorer les rendements servis sans compromettre la solidité financière des compagnies. Pour les acteurs du marché, cet environnement ouvre des opportunités en matière de conseil et de commercialisation de contrats d’assurance vie repositionnés sur le sécuritaire.
Un encours qui franchit de nouveaux sommets
L’encours total des contrats d’assurance vie atteint 2 119 milliards d’euros à fin janvier 2026, en progression de 5,1 % sur un an. Ce montant représente une masse financière considérable, équivalant à près de 80 % du produit intérieur brut français. Environ 20 millions de personnes détiennent au moins un contrat d’assurance vie, pour un encours moyen supérieur à 100 000 euros par souscripteur, souvent réparti sur plusieurs contrats.
Ce niveau d’encours confirme le poids systémique de l’assurance vie dans le paysage financier français. Selon France Assureurs, à fin juin 2025, 63 % des encours étaient placés en titres d’entreprises, se répartissant entre actions (25 %), obligations (33 %) et immobilier d’entreprises (5 %). Par ailleurs, 24 % des encours étaient investis en obligations souveraines. L’assurance vie joue donc un rôle structurant dans le financement de l’économie réelle, soutenant à la fois le tissu productif et la stabilité des finances publiques. Cette dimension est régulièrement mise en avant par la profession pour rappeler que l’épargne des ménages ne dort pas mais irrigue l’ensemble du système économique.
La fermeture des PEL, un relais de croissance attendu pour l’assurance vie
À compter du 1er mars 2026, un événement réglementaire majeur vient modifier le paysage de l’épargne française : la clôture automatique des plans d’épargne logement ouverts depuis plus de quinze ans. La loi de finances rectificative du 29 décembre 2010 avait en effet instauré une durée maximale de quinze ans pour tous les PEL souscrits à partir du 1er mars 2011. Les premiers plans concernés arrivent donc à échéance en mars 2026.
L’ampleur du phénomène est considérable : entre 2026 et 2030, 3,2 millions de PEL sont concernés par cette clôture automatique, représentant un encours total de 93 milliards d’euros sur les 202,9 milliards comptabilisés à fin septembre 2025 selon la Banque de France. Les fonds libérés seront automatiquement transférés vers des comptes sur livret classiques proposés par les établissements bancaires, généralement peu rémunérateurs. Cette situation crée une opportunité de réallocation massive dont l’assurance vie apparaît comme la principale bénéficiaire potentielle.
Philippe Crevel, président du Cercle de l’Épargne, estime que les titulaires de ces anciens PEL devraient naturellement se tourner vers l’assurance vie, qui répond à leurs attentes en matière de rendement, de garantie du capital et de fiscalité. L’assurance vie bénéficie en effet d’un cadre fiscal attractif après huit ans de détention, avec un abattement de 4 600 euros sur les gains pour une personne seule et de 9 200 euros pour un couple. Les établissements bancaires et les réseaux d’assurance se préparent activement à capter ces flux, avec des offres commerciales dédiées incluant des bonus de rendement sur les fonds en euros pour les nouveaux versements.
Un taux d’épargne élevé, terreau favorable à la dynamique de l’assurance vie
Le contexte macroéconomique contribue également à soutenir la collecte. Selon l’INSEE, le taux d’épargne des ménages français s’établissait à 17,9 % au quatrième trimestre 2025, un niveau historiquement élevé qui traduit une prudence persistante face aux incertitudes économiques. Cette propension à épargner, combinée à la recherche de rendement, oriente naturellement les flux vers l’assurance vie, perçue comme un support offrant un équilibre satisfaisant entre sécurité et performance.
L’assurance vie tire aussi parti de sa souplesse intrinsèque. Elle répond à des objectifs multiples : constitution d’une épargne de précaution renforcée sur les fonds en euros, préparation de la retraite, diversification patrimoniale via les unités de compte, et transmission de patrimoine dans un cadre fiscal optimisé. Cette polyvalence lui confère un avantage compétitif durable face aux produits d’épargne plus spécialisés. Le développement des plans d’épargne retraite assurantiels, dont les versements ont atteint 20,2 milliards d’euros en 2025 en hausse de 16 %, renforce également la dynamique globale de l’épargne longue.
Février 2026 confirme la tendance, les records continuent de tomber
Les chiffres du mois de février 2026, publiés ultérieurement par France Assureurs, sont venus confirmer la solidité de cette dynamique. Les cotisations ont atteint 19,5 milliards d’euros, en hausse de 16 % sur un an, établissant un nouveau record mensuel absolu. Sur les deux premiers mois de l’année, les cotisations cumulées s’élèvent à 38,7 milliards d’euros, en progression de 12 % par rapport à la même période en 2025. L’encours total a atteint 2 143 milliards d’euros à fin février, en hausse de 5,4 % sur un an.
Ces résultats de février démontrent que la performance de janvier ne constituait pas un épisode isolé, mais bien l’expression d’une tendance de fond. La progression concerne aussi bien les unités de compte, en hausse de 20 % en février, que les supports en euros, en augmentation de 13 %. Parallèlement, la décollecte du Livret A s’est poursuivie en février avec 740 millions d’euros de retraits nets supplémentaires, confirmant le mouvement de réallocation structurelle en faveur de l’assurance vie.
Des défis et des incertitudes à surveiller
Si les fondamentaux du marché de l’assurance vie apparaissent solides, plusieurs facteurs d’incertitude méritent d’être surveillés pour les mois à venir. La question centrale porte sur la capacité des assureurs à maintenir des niveaux de rendement suffisamment compétitifs sur les fonds en euros pour entretenir la collecte. L’évolution des taux obligataires, et en particulier de l’OAT à dix ans, déterminera en grande partie les marges de manœuvre des compagnies en matière de revalorisation.
Par ailleurs, la montée en puissance des unités de compte expose davantage les ménages à la volatilité des marchés financiers. Un retournement boursier marqué pourrait freiner l’appétit des épargnants pour ces supports et modifier la dynamique de collecte. Le contexte géopolitique, en particulier les tensions internationales, constitue également un aléa susceptible d’inciter les ménages à privilégier à nouveau des produits d’épargne de court terme, au détriment des placements de long terme. Le Cercle de l’Épargne note que les effets économiques d’un conflit majeur, associés à une hausse du cours du pétrole, pourraient s’accompagner d’une volatilité accrue et d’une moindre attractivité des unités de compte.
Enfin, la prochaine révision du taux du Livret A, prévue le 1er août 2026, sera un indicateur à suivre de près. Si l’inflation se stabilise à un niveau modéré, le taux pourrait rester proche de son niveau actuel, consolidant ainsi l’avantage compétitif de l’assurance vie. En revanche, une reprise inflationniste pourrait inverser partiellement le mouvement de réallocation.
Un placement qui confirme sa centralité dans le patrimoine des Français
Les résultats de janvier 2026 viennent donc confirmer le statut de l’assurance vie comme pilier de l’épargne des ménages français. Représentant plus de 30 % de l’épargne financière des ménages et détenue par environ 42 % des foyers, elle s’impose comme un outil incontournable dans les stratégies patrimoniales. Entre recherche de rendement, diversification, préparation de la retraite et optimisation de la transmission, l’assurance vie répond à une palette de besoins que peu de placements peuvent couvrir simultanément.
Pour les professionnels de l’assurance et de la banque, cette dynamique représente à la fois une opportunité commerciale et un enjeu de compétences. L’accompagnement des clients dans la compréhension des supports, la gestion des arbitrages entre fonds en euros et unités de compte, et le conseil en matière de réallocation patrimoniale dans le contexte des clôtures de PEL, nécessitent un niveau d’expertise technique et relationnelle renforcé. La capacité des réseaux de distribution à s’adapter à cette nouvelle donne conditionnera en partie leur capacité à capter les flux d’épargne et à fidéliser leur clientèle.
L’alignement favorable entre baisse de la rémunération de l’épargne réglementée, amélioration des rendements des fonds en euros, bonne tenue des marchés financiers et libération de capitaux issus des PEL crée les conditions d’un cycle porteur pour l’assurance vie. Si cet environnement se maintient, l’année 2026 pourrait s’inscrire comme un nouveau millésime exceptionnel pour le premier placement des Français, consolidant encore davantage son rôle central dans le financement de l’économie nationale.
Sources
Avec 19,2 milliards de cotisations en janvier, l’assurance vie débute l’année 2026 sur une bonne dynamique – Mars 2026
Assurance vie : collecte record en janvier 2026 – Mars 2026
https://www.clubpatrimoine.com/contenus/assurance-vie-collecte
Assurance vie : résultats du mois de janvier 2026 : un nouvel âge d’or – Mars 2026
https://cercledelepargne.com/assurance-vie-resultats-du-mois-de-janvier-2026-un-nouvel-age-dor
Assurance vie : un début d’année en trombe – Mars 2026
https://cercledelepargne.com/assurance-vie-un-debut-dannee-en-trombe
Assurance vie 2026 : collecte record de 6,2 milliards d’euros – Mars 2026
https://www.creditnews.fr/assurance-vie-2026-collecte-record-de-62-milliards-e/
Épargne : décollecte historique du Livret A en janvier 2026 – Février 2026
https://www.economiematin.fr/epargne-decollecte-livret-a-janvier-2026
Dégonflement du Livret A en janvier – Février 2026
https://cercledelepargne.com/degonflement-du-livret-a-en-janvier
Bilan Assurance vie en 2025 : une collecte record qui surclasse le Livret A – Février 2026
https://www.clubpatrimoine.com/contenus/graph-collecte-nette-assurance-vie
L’assurance vie en 2025 : une collecte solide au service de l’économie française – Janvier 2026
PEL : êtes‑vous concerné par une clôture automatique à partir de mars ? – Mars 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18443
Épargne : pourquoi votre PEL risque‑t‑il de se fermer automatiquement à partir de ce dimanche ? – Mars 2026
Record absolu de versements en assurance vie en février 2026 – Mars 2026
https://www.francetransactions.com/actus/assurancevie/record-assurance-vie-fevrier-2026.html



