Sécheresse : pourquoi les argiles menacent le régime CatNat ?
Sécheresse, à travers le retrait-gonflement des argiles, celle-ci menace aujourd’hui l’équilibre du régime CatNat. Ce péril unique, longtemps considéré comme secondaire face aux inondations et aux tempêtes, représente désormais 70 % des indemnisations versées par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles sur les cinq dernières années, soit environ 1,1 milliard d’euros par an. La cartographie du Bureau de recherches géologiques et minières, le BRGM, actualisée au 1er juillet 2026, porte à 55 % la part du territoire national exposée à cet aléa. Depuis 2026, la sécheresse est ainsi devenue le premier poste d’indemnisation du régime, avec un poids financier qui pourrait doubler d’ici 2031.
Derrière ce basculement se joue la soutenabilité d’un pilier de la solidarité nationale créé en 1982. Le régime CatNat, financé par une surprime sur les contrats d’assurance habitation et automobile, affronte une dérive de la sinistralité climatique que le superviseur lui-même surveille de près. Le 23 juillet 2026, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, l’ACPR, a publié une étude sur les mesures engagées par les principaux assureurs dommages face à ce risque. Pour les acteurs de l’assurance, le retrait-gonflement des argiles est devenu un sujet de gouvernance, de tarification et de conseil de premier plan.
La sécheresse, premier poste d’indemnisation du régime CatNat
Le retrait-gonflement des argiles s’impose comme le principal moteur de la sinistralité du régime CatNat. Le phénomène est physique : sous l’effet des alternances de sécheresse et de réhumidification, les sols argileux se contractent puis se dilatent, comme une éponge, ce qui fissure les fondations, les murs et les dallages des maisons. La sécheresse historique de 2022 a, à elle seule, généré environ 3,5 milliards d’euros d’indemnisation à ce titre. Sur les cinq dernières années, la Caisse centrale de réassurance, la CCR, évalue le coût annuel moyen du phénomène entre 1,1 et 1,35 milliard d’euros selon les périmètres retenus, ce qui en fait le premier poste de sinistralité devant les inondations et les tempêtes.
L’année 2025 a confirmé cette bascule. Selon la CCR, les pertes assurées imputables à la sécheresse se situaient entre 770 millions et un milliard d’euros pour ce seul exercice. Le régime CatNat, qui a indemnisé plus de 3,6 millions de sinistres pour un montant dépassant 50 milliards d’euros depuis sa création, voit ainsi son équilibre basculé par un péril longtemps sous-estimé. Ce risque présente une particularité : contrairement à une inondation ou à une tempête, dont les effets sont immédiats et visibles, le retrait-gonflement des argiles agit lentement, ce qui complique la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle et l’indemnisation des sinistrés.
Une extension géographique spectaculaire cartographiée par le BRGM
L’ampleur du phénomène tient aussi à son extension géographique. La part du territoire national exposée moyennement ou fortement au retrait-gonflement des argiles est passée d’environ 24 % dans les années 2010 à 55 % en 2025, selon la cartographie du BRGM. Cette progression traduit l’intensification des cycles de sécheresse et de pluies extrêmes provoquée par le réchauffement climatique, ainsi qu’une dessiccation plus profonde des sols. L’année 2015 a marqué un point de bascule, suivi d’une accélération marquée sur la période 2016-2022.
Les conséquences sur le parc immobilier sont considérables. Le nombre de maisons fortement exposées a bondi de 4,3 millions en 2017 à près de 12,1 millions en 2025, soit environ 60 % du parc de maisons individuelles. Ce chiffre pourrait atteindre plus de 16 millions à l’horizon 2050 selon les dernières estimations. Le coût moyen d’un sinistre lié aux argiles s’établit entre 15 000 et 40 000 euros pour une maison individuelle, mais peut dépasser 100 000 euros dans les cas les plus graves nécessitant des reprises en sous-œuvre des fondations. Les régions méditerranéennes et du Sud-Ouest figurent parmi les plus touchées, mais la diffusion du risque gagne progressivement l’ensemble du pays.
Un poids financier qui pourrait doubler d’ici 2031
La trajectoire des prochaines années inquiète les acteurs du secteur. Déjà premier poste d’indemnisation en 2026, le retrait-gonflement des argiles pourrait voir son poids financier doubler d’ici 2031. Les assureurs anticipent un doublement des sinistres liés à ce phénomène dans les cinq prochaines années, avec une concentration accrue dans les zones les plus exposées. À plus long terme, certains experts évoquent un coût annuel dépassant les 2 milliards d’euros pour le seul régime CatNat à l’horizon 2036.
Ces projections rejoignent les travaux de modélisation. La CCR estime que le coût global des catastrophes naturelles pourrait augmenter de 47 % à 85 % d’ici 2050 en euros constants, cette dégradation étant principalement liée au retrait-gonflement des argiles. D’autres estimations font état d’une hausse de la sinistralité de ce seul péril comprise entre 44 % et 162 % d’ici 2050. Face à cette dérive, l’État a déjà relevé le taux de la surprime CatNat à 20 % des cotisations dommages depuis le 1er janvier 2025, avec une revalorisation destinée à financer un régime dont l’équilibre est menacé. La question de la répercussion de ces coûts sur les primes d’assurance habitation est désormais clairement posée.
L’ACPR alerte sur la dérive de la sinistralité climatique
C’est dans ce contexte que l’ACPR a publié, le 23 juillet 2026, une étude consacrée aux mesures engagées par les principaux organismes d’assurance de dommages pour faire face au risque de dérive de la sinistralité climatique. Menée auprès d’un panel de neuf assureurs non-vie représentant environ la moitié des primes sur les branches automobile et dommages aux biens, cette revue porte sur la période 2021-2024, au cours de laquelle le superviseur a observé une dérive de la sinistralité climatique identifiée par l’ensemble des répondants. L’étude examine la manière dont les assureurs intègrent ce risque dans leurs méthodes de provisionnement et dans leurs stratégies de tarification et de souscription.
Plusieurs enseignements en ressortent. L’ACPR relève que la plupart des organismes s’appuient désormais sur des dispositifs de pilotage opérationnel du risque climatique impliquant leur gouvernance, y compris les instances dirigeantes, et souligne l’intérêt de comités dédiés ou d’équipes spécialisées. Le processus d’évaluation interne des risques et de la solvabilité, l’ORSA, apparaît comme un support privilégié d’information des dirigeants sur ce sujet. Les assureurs recourent de plus en plus à des outils de géolocalisation précis et à des zoniers pour segmenter les risques et ajuster les primes. Le superviseur pointe toutefois un angle mort : la prévention auprès des assurés, identifiée comme un levier essentiel, reste encore insuffisamment exploitée. Il invite les assureurs à renforcer leurs mesures d’adaptation et de prévention.
Cette étude prolonge les travaux prudentiels menés par l’Autorité sur le climat. Le précédent stress test climatique estimait la dérive de la sinistralité à près de 3 milliards d’euros à l’horizon 2050 sur les seuls périls sécheresse, inondation et submersion, soit une hausse de l’ordre de 60 % des pertes théoriques moyennes par rapport à 2022. Le cadre réglementaire s’est par ailleurs durci avec les amendements à Solvabilité II imposés depuis 2022, qui obligent les assureurs à intégrer les risques de durabilité dans leur gouvernance, leur gestion des risques et leurs politiques de souscription et de provisionnement. L’enjeu, pour le superviseur, n’est pas seulement de constater la dérive, mais de vérifier que les organismes la traduisent concrètement dans leurs provisions techniques et leur stratégie, afin de ne pas se retrouver démunis face à une sinistralité dont la hausse n’est plus une hypothèse mais une réalité statistique.
Un régime qui montre ses limites pour les sinistrés
Au-delà de l’équilibre financier, c’est le fonctionnement même du régime qui est interrogé. L’accès à l’indemnisation repose sur un échafaudage de conditions complexes : arrêté interministériel de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, démonstration d’un lien de causalité entre la sécheresse et les dommages, expertise technique. Face au retrait-gonflement des argiles, ce système montre ses limites et laisse de nombreux propriétaires de maisons fissurées dans une impasse administrative. Lorsque la commune n’obtient pas l’arrêté, ou lorsque le lien de causalité est contesté, le sinistré peut se retrouver sans indemnisation malgré des dégâts bien réels.
La Cour des comptes a d’ailleurs pointé les failles du dispositif, estimant que le retrait-gonflement des argiles demeure le risque le moins bien couvert alors qu’il est le plus coûteux. Elle plaide pour une meilleure lisibilité du régime, avec des délais plus clairs, une meilleure information des assurés et davantage de transparence dans les expertises, ainsi que pour la production de plans de prévention des risques dans les zones exposées. Des solutions techniques émergent en parallèle, à l’image du procédé développé par le Cerema pour réguler l’humidité du sol au niveau des fondations, expérimenté avec certains assureurs. La prise en compte du risque au moment de l’achat immobilier, via une information renforcée de l’acheteur, constitue un autre levier de responsabilisation.
Le durcissement des critères de reconnaissance nourrit cependant une part du mécontentement. Depuis 2024, la caractérisation de l’état de catastrophe naturelle de sécheresse repose sur une méthodologie fondée sur un indicateur d’humidité des sols et sur des durées de retour statistiques, qui conditionne l’octroi de l’arrêté. Deux maisons voisines, situées de part et d’autre d’une limite communale, peuvent ainsi connaître des sorts opposés selon que leur commune a obtenu ou non la reconnaissance. Cette logique administrative, conçue pour maîtriser la dépense publique, se heurte à la réalité d’un phénomène géologique qui ignore les frontières cadastrales. Le sentiment d’injustice qui en résulte alimente les recours et fragilise la confiance dans un régime pensé, à l’origine, comme l’expression de la solidarité nationale.
Un enjeu de gouvernance, de prévention et de conseil
Pour les assureurs, les courtiers et les réseaux de bancassurance, cette mutation du risque appelle une transformation des pratiques. La maîtrise de la tarification devient délicate : segmenter finement le risque à l’aide des zoniers tout en préservant la mutualisation propre au régime CatNat, articuler la surprime nationale avec la sinistralité réelle des portefeuilles et anticiper l’évolution des primes d’assurance habitation supposent des compétences techniques pointues. La gouvernance du risque climatique, encouragée par l’ACPR, engage désormais les instances dirigeantes et les fonctions clés, dans le prolongement des exigences de Solvabilité II sur l’intégration des risques de durabilité.
L’enjeu est tout aussi fort dans la relation avec les assurés. Expliquer le fonctionnement du régime CatNat, accompagner un client dont la maison se fissure dans un parcours administratif complexe, conseiller sur les mesures de prévention et sur l’intérêt d’une étude de sol avant l’achat d’un bien exigé une véritable pédagogie. Dans un contexte où la déception des sinistrés alimente la défiance, la qualité de l’information et de l’accompagnement devient un facteur de confiance déterminant. Le retrait-gonflement des argiles illustre ainsi une mutation profonde du métier d’assureur, appelé à passer d’une logique de réparation à une logique de prévention et d’anticipation, où la formation des équipes joue un rôle central pour accompagner sereinement les assurés face à un péril appelé à s’aggraver.
Sources
Le retrait-gonflement des argiles : la facture explose | L’Assurance en Mouvement – Juillet 2026
Climat : l’ACPR appelle les assureurs dommages à renforcer leurs mesures d’adaptation et de prévention | L’Argus de l’assurance – Juillet 2026
Maison fissurée : la facture du retrait-gonflement des argiles explose pour les assureurs | Economie Matin – Juillet 2026
https://www.economiematin.fr/maison-fissuree-retrait-gonflement-argiles
Retrait-gonflement des argiles : la Cour des comptes pointe les failles du régime Cat-Nat | Actu-Environnement – Juin 2026
Catastrophes naturelles : la sécheresse s’impose comme le premier poste de sinistralité | CatNat.net – Juin 2026
Retrait-gonflement des argiles : à quoi s’attendre et comment s’adapter ? | Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique – Février 2026
Impact de la dérive climatique sur l’assurance non-vie | Metametris – Juillet 2026
https://www.metametris.com/articles/impact-de-la-derive-climatique-sur-l-assurance-non-vie



