Relation client en assurance : pourquoi l’humain redevient l’arbitre
Dans la relation client en assurance, l’humain redevient l’arbitre. C’est le fil qui relie trois publications de l’année 2026 : le Podium de la Relation Client de BearingPoint et Kantar, qui place la GMF sur le podium général pour la première fois de son histoire ; une étude Arcane Research parue en juillet, selon laquelle 59 % des Français souhaitent un équilibre entre digital et humain ; et l’étude Wavestone Customer Centricity 2026, qui cartographie précisément les moments du parcours où l’interaction humaine reste attendue. Après une décennie d’investissements massifs dans l’automatisation des parcours, le constat convergent est le suivant : le digital gagne sur les actes courants, l’humain reste décisif là où le client engage quelque chose.
Le Podium 2026 : une première historique pour la GMF
La cérémonie du 16 mars 2026 a consacré Nespresso, Toyota et la GMF. Nespresso conserve la première place pour la troisième année consécutive et la cinquième fois au classement général. Toyota remonte à la deuxième place. La GMF accède au podium général pour la première fois et, dans son secteur, détrône la MAIF qui détenait le titre depuis vingt et un ans. Au-delà du palmarès, l’édition se distingue par un indice de satisfaction global qui retrouve son niveau de 2009, porté par une dynamique positive dans l’ensemble des secteurs, en particulier le service public et l’assurance.
La méthodologie mérite d’être rappelée. L’enquête est conduite en ligne fin 2025 auprès d’un échantillon national représentatif de 4 000 Français majeurs par secteur, avec une représentativité assurée par la méthode des quotas. Le classement repose sur un indice noté de 1 à 10, calculé comme la moyenne des notes obtenues sur quinze critères d’excellence. Près de 185 entreprises et administrations sont évaluées dans dix secteurs. Il s’agit donc d’une mesure de perception déclarée par les clients, non d’un audit de processus.
Un détail relevé lors de la cérémonie mérite l’attention des directions commerciales. La directrice générale de la GMF, Béatrice Savouret, a souligné que 2025 avait été une année agitée pour l’assureur, marquée par de nombreux événements climatiques et par des mesures tarifaires substantielles. On aurait pu s’attendre à un recul de la satisfaction. L’entreprise a au contraire progressé sur l’ensemble des critères. Cette observation contredit une idée répandue selon laquelle une hausse tarifaire condamnerait mécaniquement la relation. Ce n’est pas l’augmentation qui dégrade la perception, c’est la manière dont elle est annoncée, expliquée et accompagnée.
Exécution, lien et émotion : la mécanique des leaders
Le baromètre identifie trois axes sur lesquels les entreprises dominantes surperforment : l’exécution des tâches, la création d’un lien et la gestion des émotions. Être efficace ne suffit plus à se distinguer, il faut aussi savoir toucher. Les critères où l’écart se creuse le plus sont la traçabilité et la personnalisation, avec plus de 1,7 point d’écart sur l’indice global par rapport à la moyenne. Pour les dix meilleures marques, 92 % des sondés estiment qu’elles déploient des efforts concrets pour simplifier le parcours, un indicateur proche de la notion d’effort client.
Le marché se resserre par ailleurs : l’écart entre les meilleurs et les moins performants est passé de 1,8 point en 2024 à 1,6 point en 2026. Autrement dit, le socle de qualité progresse pour tout le monde et la différenciation devient plus difficile à obtenir sur les seuls fondamentaux. La traçabilité, c’est-à-dire la capacité du client à savoir où en est sa demande sans avoir à la relancer, ressort comme l’un des rares terrains où l’écart reste significatif.
Relation client en assurance : l’adhésion à l’IA plafonne
Sur le terrain de la relation client en assurance comme ailleurs, l’enthousiasme du public pour l’intelligence artificielle semble atteindre un plafond. Seuls 54 % des Français souhaitent une utilisation accrue de l’IA par les entreprises, contre 57 % l’année précédente. Le recul est modeste mais il interrompt une progression continue. Les réticences sont documentées : 47 % des usagers jugent que les machines ne les comprennent pas aussi bien qu’un interlocuteur humain et 30 % estiment qu’elles compliquent l’obtention d’une réponse claire. Par ailleurs, 60 % de la population perçoit ces technologies comme un risque pour la stabilité de l’emploi, ce qui pèse sur l’acceptabilité générale.
Le tableau n’est pas uniformément négatif. Chez les 18 à 29 ans, 57 % apprécient la simplicité d’accès aux informations qu’offrent les agents virtuels. La segmentation générationnelle joue donc, mais moins qu’on ne le suppose souvent, et nous verrons plus loin que l’étude Wavestone apporte sur ce point une nuance importante.
Le volet collaborateurs du baromètre est tout aussi instructif pour un service formation. La proportion de salariés utilisant l’IA au quotidien progresse, de 18 % à 21 % en un an. Mais leur perception de cet outil comme une chance pour leur carrière décline à 25 %. Dans le même temps, ils en reconnaissent les apports concrets : 73 % y voient une aide pour mieux connaître les besoins des clients et 69 % un gain de réactivité. Le décalage entre l’utilité perçue au quotidien et l’inquiétude sur l’avenir professionnel constitue un point d’attention managérial majeur. Il ne se résout pas par un argumentaire technique sur les fonctionnalités de l’outil.
Ce que veulent les assurés : un équilibre, pas un arbitrage
L’étude Relation client et Assurance publiée par Arcane Research en juillet 2026 donne le chiffre le plus direct : 59 % des Français souhaitent un équilibre entre digital et humain. Ce n’est ni un rejet de la digitalisation ni une demande de retour au tout physique. C’est une demande de complémentarité, que confirment d’autres travaux. Une analyse Deloitte sur la maturité digitale des assureurs français relevait que 84 % des personnes interrogées souhaitent accéder facilement à leurs services en ligne tout en conservant la possibilité d’un accompagnement humain aux moments clés, notamment la souscription.
Le même travail pointe un déséquilibre d’investissement qui éclaire la situation actuelle. La couverture fonctionnelle digitale des assureurs français atteint 67 %, contre 52,3 % pour la zone EMEA, ce qui place la France parmi les marchés les plus avancés. Mais cette avance masque des faiblesses sur certaines étapes du parcours, en particulier l’après-vente, où les assureurs français restent en retrait par rapport aux meilleures pratiques européennes. Les investissements se sont concentrés sur l’acquisition, quand la gestion de sinistre et l’accompagnement personnalisé, précisément les moments où l’humain est attendu, ont été moins traités.
Les moments de vérité du parcours, selon Wavestone
L’étude Customer Centricity 2026 publiée par Wavestone le 7 juillet apporte la cartographie qui manquait. Fondée sur plus de 7 000 clients assurés interrogés dans six marchés et sur sept entretiens d’experts, elle porte spécifiquement sur la communication après la souscription, des mises à jour de contrat courantes aux sinistres complexes. Son message central est simple : les assureurs doivent orchestrer des parcours hybrides, et non remplacer un canal par un autre.
Quatre enseignements structurent cette orchestration. Premièrement, la communication après-vente est un levier de confiance et non une simple mécanique transactionnelle ; les clients choisissent leur canal en fonction du risque, de la complexité et de la dimension émotionnelle de la situation. Deuxièmement, chaque canal remplit un rôle distinct : le courrier électronique reste la pierre angulaire, tandis que les portails, les applications, le téléphone et le conseil personnalisé occupent des fonctions différentes et non substituables. Troisièmement, l’acceptation de l’IA dépend de deux conditions précises, la transparence sur le fait que le client parle à une machine, et la possibilité d’une escalade rapide vers un support humain.
Le quatrième enseignement est le plus utile pour la conception des parcours : le contexte prime sur les données démographiques. L’âge influence l’intensité d’utilisation des canaux, mais les besoins convergent dès lors que l’interaction devient déterminante. Un client de vingt-cinq ans qui gère habituellement tout depuis son application veut lui aussi parler à quelqu’un lorsqu’il déclare un sinistre grave ou conteste un refus de garantie. Segmenter les parcours par génération constitue donc une erreur de conception : c’est la nature du moment, non le profil du client, qui détermine le canal attendu.
Le terrain confirme : proactivité et prévention
La deuxième édition de l’ouvrage collectif Les Transformers de la relation clients en assurance, publiée en juin 2026 par Vovoxx Média sous la conduite de Jean-Luc Gambey et Nelly Brossard, apporte le point de vue des praticiens. Le dispositif repose sur des entretiens qualitatifs menés auprès de vingt-quatre professionnels de la relation client et sur une enquête quantitative conduite auprès de 368 acteurs du secteur en 2026, pour un ouvrage de 164 pages identifiant onze tendances.
Deux d’entre elles rejoignent directement notre sujet. La prévention franchit un cap structurel : 91,5 % des professionnels interrogés la considèrent comme un levier stratégique incontournable, et l’analyse souligne qu’elle doit dépasser les dispositifs ponctuels pour devenir un pilier permanent du modèle. L’assureur ne se définit alors plus seulement par sa capacité à indemniser, mais par sa capacité à accompagner, conseiller et anticiper le risque. La seconde tendance est la proactivité relationnelle, formulée en des termes directs : l’assureur ne peut plus disparaître entre deux sinistres. Les clients attendent une relation continue, faite de transparence, de pédagogie et d’accompagnement dans la durée, au delà des moments de vérité traditionnels.
Ce dernier point mérite d’être rapproché de l’évolution réglementaire. La reprise de contact périodique avec le souscripteur, désormais attendue par l’ACPR sur les contrats d’épargne, répond à une obligation de conseil dans la durée. Mais elle recouvre exactement ce que les clients réclament par ailleurs. Une contrainte de conformité et une attente de marché convergent ici, ce qui est suffisamment rare pour être exploité.
Ce que cela implique pour les équipes
Pour les directions commerciales et les organismes de formation, trois chantiers se dégagent. Le premier concerne l’identification des moments où l’humain est attendu. Plutôt que de segmenter les parcours par âge ou par canal préféré, il s’agit de repérer les interactions à forte charge émotionnelle ou à fort enjeu, sinistre grave, refus de garantie, hausse tarifaire, changement de situation personnelle, et de garantir qu’un interlocuteur humain y soit accessible sans parcours d’obstacles. C’est sur ces moments que se joue la perception de la relation client en assurance, bien plus que sur la fluidité des actes courants.
Le deuxième chantier porte sur les compétences relationnelles elles-mêmes. Les trois axes distingués par le Podium, exécution, lien et émotion, décrivent trois registres de compétence différents. L’exécution relève du processus et de l’outil. Le lien et l’émotion relèvent de la conduite d’entretien, de la reformulation, de la capacité à annoncer une mauvaise nouvelle et à expliquer une décision défavorable sans perdre la relation. L’exemple de la GMF, qui progresse sur tous les critères malgré des mesures tarifaires importantes, indique que cette compétence a un rendement mesurable.
Le troisième chantier est celui de l’accompagnement des équipes face à l’IA. Avec 21 % des collaborateurs qui l’utilisent au quotidien mais seulement 25 % qui y voient une chance pour leur carrière, l’enjeu managérial ne consiste pas à démontrer l’efficacité de l’outil, déjà largement reconnue, mais à expliciter le rôle qui reste au conseiller. Si l’IA accélère, c’est bien l’humain qui relie. En libérant du temps pour l’empathie et le discernement, la technologie soutient le conseiller sans le remplacer. Encore faut-il que ce temps libéré soit effectivement réinvesti dans la relation, et non absorbé par des objectifs de productivité. C’est une décision d’organisation autant qu’un sujet de formation, et c’est probablement ce qui séparera, dans les prochaines éditions du Podium, les assureurs qui progressent de ceux qui stagnent.
Sources
Podium Relation client 2026 : l’humain reste le juge de paix face à l’IA, Relation Client Magazine, 17 mars 2026
Podium de la Relation Client, édition 2026, BearingPoint et Kantar, 16 mars 2026
https://www.bearingpoint.com/fr-fr/publications-evenements/evenements/podium-relation-client-2026/
Podium de la relation client 2026 : le discours des gagnants, Sens du client, avril 2026
https://www.sensduclient.com/2026/04/podium-de-la-relation-client-2026-le-discours-des-gagnants.html
Infographie Relation client et Assurance 2026, Arcane Research, juillet 2026
https://www.arcane-research.com/infographie-relation-client-et-assurance-2026/
Customer Centricity Study 2026 : la confiance au cœur de la relation client en assurance, Wavestone, 7 juillet 2026
https://www.wavestone.com/fr/insight/customer-centricity-study-2026/
Assurance : trois transformations redessinent la relation clients, L’Assurance en Mouvement, 30 juin 2026
Relation clients assurance : les grands chantiers, L’Assurance en Mouvement, 15 septembre 2026
https://www.lassuranceenmouvement.com/2026/09/15/relation-clients-assurance-les-grands-chantiers
Quelle maturité digitale des assureurs en France ?, Deloitte France, juillet 2025



